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Abus d'amour / roman    

 

 

 

 

 

Depuis que j'ai vécu avec « ta vie à toi »,

mon « être soi » a repris sa respiration.

 

Je suis avec le fleuve, toujours omniprésent.

Je suis avec le fleuve, en amont, à quelques kilomètres de la ville. L'eau ici repose avec assurance.

Je suis avec le fleuve, tout près d'une guinguette, tout près de l'eau du fleuve.

Je suis avec toi, roulés dans l'herbe sur la berge du fleuve.

Je suis avec nos lèvres, avec nos lèvres humides et nos bouches câlines, ce jour-là, au bord du fleuve. Et ma bouche embrasse ton cou que j'observe de près pour la première fois. Il y a trois fines rides dans ton cou, trois fines rides que j'effleure avec mes doigts.

Je suis avec mes lèvres qui remontent le long des fines rides de ton cou. Et mes lèvres s'approchent du triangle bien particulier que forme ton lobe d'oreille.

Je suis avec ta main qui invite ma main à caresser ta nuque, puis ton cuir chevelu, tes boucles qui courent sur tes cheveux longs.

Je suis avec toi, avec les fines rides de ton cou, avec ton lobe d'oreille, avec ta nuque et les reflets des boucles de tes cheveux longs.

Je suis avec ces signes, avec ces signes qui n'appartiennent qu'à toi.

Je suis avec le fleuve, au même endroit, un autre jour. Nos voitures sont garées côte à côte, en contrebas, juste à proximité du fleuve. Des débris d'arbres s'éprennent du courant puissant du fleuve, à cet endroit-là. Toi et moi sommes tournés vers le fleuve. Tu es assise ton dos contre mon torse. Et je suis à genoux, derrière toi, ta joue contre ma joue. Je découvre ton intimité.

Je suis avec un autre jour sur une autre terrasse construite sur pilotis, un peu plus loin le long du fleuve.

Je suis avec toi sur cette autre terrasse avancée de plusieurs mètres bien au devant de la berge du fleuve. Le fleuve file sous nos pieds, juste en dessous. Le sol de la terrasse où sont installées les tables du restaurant est composé de planches séparées les unes des autres de quelques millimètres. J'aperçois entre les planches le courant du fleuve.

Je suis avec la terrasse de cette autre guinguette, ouverte le midi, les beaux jours. Mes pieds jouent avec tes pieds. Des convives déjeunent autour de nous, épars, presque tous transparents. L'été, des arceaux invisibles au dessus de la terrasse supportent l'ombre portée de plantes qui les enroulent. La végétation prend le dessus.

Je suis avec le plein hiver, au même endroit du fleuve, avec toi et ta main gelée dans ma main qui est  fière d'être là. Et nos mots s'accompagnent. L'hiver, les arceaux métalliques en arc de cercles au dessus de la terrasse avancée sur le fleuve sont bien nus. Les tables et les chaises sont à l'abri. Toi et moi sommes sur une autre terrasse, une terrasse protégée. J'observe tes ongles blancs et la finesse de tes doigts. Tes mains sont bien particulières.

Je suis avec un autre jour, sur cette autre terrasse protégée, plus éloignée du fleuve. Elle ne ressemble en rien aux premières terrasses. Elle est située presque au dessous de la bâtisse du restaurant, proches des cuisines et des salles intérieures. Toi et moi sommes réchauffés par un chauffage au gaz. Nos mains sont assemblées. Nos bouches se répondent.

Je suis avec un autre jour, et c'est un autre restaurant, construit un peu moins loin le long du fleuve. Il n'y a pas de terrasse. Les salles débutent au rez-de-chaussée et au premier étage, une immense cheminée en pierre contient le foyer où des grillades se préparent. Je te parle de la chaleur de cet endroit, de sa couleur, du rez-de-chaussée et du premier étage, de cette ancienne bâtisse toute en longueur, construite à la perpendiculaire du lit du fleuve, un peu moins loin du centre de la ville. Les restaurants ne se ressemblent pas.

Je suis avec le pot-au-feu qui déborde de nos assiettes, ce soir-là. Toi et moi apprécions le pot-au-feu. Ici, le met abonde.  Il nous rassasiera bien vite. Le vin est délicieux. La soirée est sublime et j'inspire à grandes bouffées mon immense plaisir. Tu me souris et m'invites à goûter ton dessert au chocolat amer en « aspirant » un café encore brûlant. Le temps coule, coule, bien serein. Toi et moi ne nous en détournons pas.

Je suis avec un autre endroit, avec un autre jour en compagnie du fleuve. Ici le fleuve enroule de ses bras un bout de terre inhabitée. Ici, le fleuve se sépare. Je suis avec une île posée là, enroulée par les deux bras du fleuve. Toi et moi avons découvert là la bâtisse d'un restaurant bâti sur pilotis, tout peint en bleu et blanc. L'hiver, il y a du feu dans la cheminée noire, toute ronde et métallique. La cheminée est posée tout au milieu d'une première salle. J'observe le couvert raffiné.

Je suis avec le foyer de la cheminée située tout au milieu de la première salle, avec vue sur une île posée là, comme ça, bien au milieu du fleuve. Toi et moi sommes assis. Et tu commences à parler d'une maison, quelque part sur cette rive droite. L'idée me séduit.

Je suis avec cet été-là, le long du fleuve, avec d'autres jours, dans ces mêmes ou d'autres restaurants. Parfois ma mémoire faillit et tantôt même elle m'abuse. Et elle m'abusera pour bien des jours encore.

Je suis avec toi avec d'autres terrasses et d'autres salles de restaurants en hiver, de l'autre côté du fleuve.

Je suis avec l'amont du fleuve, à quelques kilomètres, sur la rive droite du fleuve que toi et moi chérissons.

Je suis avec toi heureuse d'être là, ou est-ce ton apparence ? Nous sommes seuls, seuls avec le fleuve.

Je suis avec des jours, des soirs, et toi et moi nous attardons sur notre rive droite, en amont du centre de la ville.

Je suis avec la route qui remonte le fleuve, sur quelques kilomètres, éloignée de l'eau de quelques dizaines de mètres, par endroits.

Je suis avec une autre route, plus étroite, à la perpendiculaire de la route qui remonte le fleuve. La route plus étroite grimpe et mène à une colline plantée, bien au dessus de l'eau, en altitude. Toi et moi sommes là, en plein jour, en contrebas. Toi et moi sommes à l'abri, tout au bout d'un chemin de terre, derrière une petite grange. Au loin, je devine le fleuve.

Je suis avec les vignes qui nous entourent sur cette colline qui dégage une vue en plongée sur le fleuve, près de nos voitures arrêtées, presque au milieu des vignes. Dehors, l'horizon est hors de notre portée. Les premières habitations sont inaudibles. Et j'entends ton « je m'autorise » pour la première fois, en cet endroit caché et pourtant tout trouvé, à quelques lieues empruntées à une route bien étroite, à la perpendiculaire de l'eau.

Je suis avec l'habitacle de ta voiture tout embué de cette première fois, bien au milieu des vignes.

Je suis avec ta respiration et mon élan vécu. 

Je suis avec toi et moi. Et toi et moi nous retournons bien des minutes après. Toi et moi rattrapons nos habits tout épars dans l'habitacle. Mes sentiments ne se remettront pas de cette première fois.

Je suis avec l'habitacle de ma voiture tout embué à l'identique, avec un autre endroit à quelques dizaines de mètres à vol d'oiseau de cette première fois. Et c'est un autre jour, un autre soir. Des racines d'arbres, des pierres et des flaques d'eau encombrent un autre chemin de terre. Il fait nuit.

Je suis avec toi et tu me dévêts, presque entier.

Je suis avec toi et tu m'attires, tout entier. La douceur de ta peau étire mon attirance. La nuit est noire. Toi et moi nous devinons sous un immense pin, près d'un chemin de terre, tout au bout de la nuit. Je caresse tes jambes, blanches, longues, jusqu'au talon d'Achille. Je masse ton talon et délivre une grande partie de ta nervosité du jour. Les nerfs sont des malins. Ils se contiennent, se retiennent, ils raffolent du stress. L'expérience est probante. Tous tes nerfs se relâchent. Je te parle de l'eau du fleuve, bien sereine, l'eau sait aussi relâcher bien des nerfs.

Je suis avec le flux nerveux que je délivre, qui passe de ton talon d'Achille à mon poignet pour ensuite s'en échapper.

Je suis avec la nuit beaucoup plus tard.

Je suis avec la nuit qui redescend de la colline par une autre route bien étroite à la perpendiculaire du fleuve, jusqu'à la grande route qui alors longe l'eau, par endroits. La route descend le fleuve, vers la ville-centre.

Je suis avec la route qui descend vers le centre, à quelques kilomètres. Les berges sont bien occupées, à l'abord de la ville.

Je suis avec toi et je descends le fleuve, vers la ville-centre. Et depuis lors ma pensée oscille, oscille. Ma pensée oscille entre toi et les berges du fleuve, entre le fleuve et toi.

*

Je suis avec la ville. Le fleuve était silence, la ville est bien bruyante. L'ouïe en perd ses repaires, par endroits, lorsque la densité des sons approche du brouhaha. J'aime écouter, sentir, voir la ville, celle parlée, criée, le centre de la ville, en particulier. J'imagine souvent ma maison et mon jardin transportés au sommet d'un immeuble, en hauteur, avec vue sur la ville, presque entière, avec vue sur le fleuve, au loin.

Je suis avec le centre de la ville, avec notre début, sur le bord d'un trottoir, près d'un grand hôpital, loin du fleuve et sur son autre rive. C'est ici que nos lèvres se sont frôlées pour la première fois, sur un trottoir. Une lueur opalescente est apparue dans tes yeux, presque à distance. Et mon regard s'y est collé - j'allais écrire « scotché » -  comme ça, près d'un grand hôpital, dans le centre de la ville, sur l'autre rive du fleuve.

Je suis avec la ville, celle nourrie par le fleuve, durant les derniers siècles, construite autour de la courbure du fleuve, en cet endroit-là. Ici la ville s'est enroulée autour de l'eau du fleuve.

Je suis avec toi quelques minutes avant. Toi et moi commandons des pressions dans un bar « allongé », près du grand hôpital. Des matchs de football sont projetés au fond du bar bien sombre, je n'aime pas les matchs, la furie du public, les cris des gens du stade.

Je suis avec le fond du bar et mes premiers frissons me remplissent de joie, bien loin des gens du stade. Les minutes me seront décomptées, à partir de ce soir-là. Je n'en sais rien, ce soir. J'abuse sans restriction.

Je suis avec les minutes qui filent, défilent, presque toutes hors d'allure. Je rejoins ma voiture et toi ton habitacle. Mes premiers sentiments se sont immiscés et prennent le dessus. Ils ne me lâcheront pas.

Je suis avec la ville, le soir du début du début de notre début d'amour. Le mouvement se perpétue, se perpétue encore, encore et toujours le même mouvement. Toi et moi ressortons du bar « allongé », pour une énième fois. Nos pas se redirigent le long du trottoir qui remonte vers le grand hôpital. Et c'est en se séparant que nos lèvres s'attirent, pour la première fois, et en cet endroit-là, sur l'autre rive du fleuve.

Je suis avec toi, à partir de cet endroit-là, sans restriction, près de cet endroit-là et de bien d'autres endroits qui composent la ville. Je suis aux prises avec mes sentiments.

Je suis avec la ville, loin de cet endroit-là, deux ou trois soirs après, à l'autre bout de l'autre rive, à l'autre bout de la ville. C'est là notre premier soir. L'endroit ressemble à la sortie d'un bar branché. C'est un hangar réaffecté en bar branché.

Je suis avec toi qui marche ce soir-là contre moi sur le gravier étalé en amont et en aval du hangar-bar réaffecté. Tu me prends la main droite, au milieu de la nuit. Tu m'embrasses et je t'embrasse, longtemps, au milieu de la nuit. Tes bras s'enroulent autour de moi et mon corps sécrète cent milliards de molécules qui font faillir ma nature par nature bien retenue.

Je suis avec tes bras, enserré dans tes bras, ce soir-là, pour la première fois. La force que je retiens me dépasse. Je pense ce soir-là à la force du courant des bras du fleuve qui enroulent en continue l'île plantée au milieu de l'eau, quelques pages en arrière, sur notre rive chérie. Toi et moi avons marché.

Je suis avec toi, et toi et moi nous dirigeons vers ta voiture garée à quelques dizaines de mètres du bar branché. Je suis avec toi dans l'habitacle de ta voiture - une nouvelle fois - lors de ce premier soir.

Je suis avec ma main que je pose sur ta hanche le soir de cette première fois, dans l'habitacle de ta voiture garée tout près du hangar-bar réaffecté. Tu déboutonnes ma chemise, mon pantalon. Je déboutonne les premiers boutons de ta robe. Toi et moi nous entrouvrons. Nos bouches sont bien frêles. Tu me dis ta gourmandise.

Je suis avec ta gourmandise et je découvre un bout de toi avec toute la pudeur de mon amour naissant. Des passants longent les voitures encore garées sur le gravier déposé tout exprès près du hangar-bar branché. Je suis tout étourdi d'autant de sentiments. J'invente notre amour, je pousse ses limites.

Je suis avec ton « oui pour une prochaine fois », un oui garé à la sortie du bar où ce soir a passé, entouré d'amis, bien loin de notre première fois. Toi et moi avons attendu à l'intérieur du bar l'instant d'après en seuls-à-seuls, seuls avec le début de notre prochaine fois.

Je suis avec toi qui me dit « la suite sera pour la prochaine fois ». Je te quitte en plongée au dessus du gravier de cette première fois, comme suspendu à toi. Mon admiration pour toi s'élance et déjà s'affermit. Je me plais à construire une réalité bien éloignée de toi.

Je suis avec cette réalité construite qui désormais avance, pas à pas. Il y aura d'autres premières fois.

Je suis avec toi, toi et moi sommes dans un bar-restaurant bien loin du hangar-bar, à un autre bout de la ville bien éloigné du centre.

Je suis avec ce bar-restaurant, loin du cœur de la ville, dans un quartier fréquenté par personne hormis par des gens du quartier. Tu m'as dit de te retrouver là, l'autre soir, à la sortie du bar branché. Et je braque déjà ton visage parmi maints visages qui entrent dans le bar-restaurant, entr'aperçus au travers de la file d'attente devant le kiosque du PMU. Au comptoir, des pressions coulent à flot.

Je suis avec les odeurs bien particulières de cet endroit-là. Une friture se devine derrière le kiosque du PMU, l'odeur du tabac s'accroche à tous les vêtements qui passent. Il y a aussi une odeur bien aillée et persillée. Elle accompagne les poissons et les pommes de terre du plat du jour.

Je suis avec le journal du jour et j'attends ton arrivée prochaine, l'instant où tu franchiras le seuil de ce bar-restaurant, où tu seras là, loin du centre de la ville. Je commande une pression.

Je suis avec ton arrivée prochaine qui enfin franchit le seuil du bar.

Je suis avec toi, moi debout devant toi, assise en hauteur à la perpendiculaire du comptoir du bar. Tu portes un jean clair et une chemise noire, un noir presque satiné qui retient tes dessous. Je les saurai tout aussi satinés, pour certains, d'autres seront brodés.

Je suis avec toi et je pose le journal du jour. Tu commandes une pression. Toi et moi saisissons nos pressions et marchons l'un vers l'autre vers le bout du bar aménagé en restaurant. Le coin du restaurant est séparé du bar par un vert éclatant. De fausses plantes ont été fabriquées et par suite déposées là, tout exprès pour séparer le coin du restaurant du bar.

Je suis avec toi au milieu des tables attenantes, à l'écart dans un coin de la salle du restaurant. Toi et moi regardons de vieilles photographies en noir et blanc suspendues sur deux murs face à face dans le coin du restaurant. Il y a sur les photographies des monuments, tous de la ville-centre, posés là par l'Histoire sur deux murs face à face dans le coin de la salle. Toi et moi nous écoutons, tu retiens ma main.

Je suis avec le coin de ce restaurant loin du cœur de la ville, avec la fois prochaine de nos premières fois. Et la scène défile jusqu'au faux vert des plantes. Le détail m'ancre dans ma réalité. Je vois dans tes yeux une lueur presque indéfinissable. Mais n'est-ce pas le reflet de mes yeux enflammés ?

Je suis avec ma main que tu retiens encore. Je te parle de mon envie subite de t'offrir un bijou, à la fin du repas. Tu sembles satisfaite. Toi et moi exaucerons ce vœu, ensemble, une autre fois.

Je suis avec cette autre fois, le jour où toi et moi avons choisi une bague en signe de fidélité, avec le plaisir vécu ce jour, lorsque je t'ai accompagnée chez un artisan bijoutier pour aimer une bague. Je revivrai mon immense plaisir, lorsque nous y retournerons pour des boucles d'oreilles, les boucles d'oreilles que tu choisiras assorties à la bague. Ce sont celles que j'aurais choisies.

Je suis avec ma main que tu retiens toujours, dans le bar-restaurant, loin du cœur de la ville, avec mon envie subite de t'offrir un bijou, à ce moment-là. Les nappes sont bien blanches. Je revois ma main maladroite renverser mon verre rempli de vin rouge.

Je suis avec l'œil distrait de la femme qui apporte une serviette pour aspirer le vin. Elle nous sert un café. Bien des fois toi et moi reviendrons déjeuner dans ce bar-restaurant. Toi et moi y serons reconnus puis soignés plus que par habitude, jusqu'au jour où une connaissance nous y reconnaîtra. Ta hantise te poursuit.

Je suis avec une autre fois prochaine, et des jours ont passé. La soirée a déjà avancé, cette autre prochaine fois. Toi et moi roulons sur une voie rapide qui longe en maintes voies le fleuve, loin de la ville-centre. Il fait frais.

Je suis avec mon envie d'être sur un lit d'hôtel, avec toi, en ce soir. L'hôtel sera planté au bord de cette voie rapide, qui longe le bord du fleuve. L'autre rive est bien terne, à quelques centaines de mètres, loin de la ville-centre.

Je suis avec la carte bleue que toi et moi introduisons dans le lecteur de cartes de ce premier hôtel, planté au bord du fleuve. L'hôtel est anonyme. Au retour de la carte, l'hôtel délivre un numéro de chambre et un code d'accès. Un hôtel anonyme nous délivre le numéro de notre première chambre. Nous saisissons le code. La porte sera franchie.

Je suis avec toi et je te suis, nous gravissons deux étages en silence sur de la moquette épaisse jusqu'à la porte de notre chambre dont le numéro m'échappe, au présent.

Je suis avec notre première chambre, ce soir bien avancé.

Je suis avec ce premier soir, avec ma découverte de tes dessous très féminins, avec ton noir brodé que j'ôte avec délicatesse. Toi et moi nous allongeons sur le lit de notre premier hôtel. Mon émotion explose à l'intérieur de moi.

Je suis avec la chambre de ce premier hôtel, séparé du fleuve par une voie rapide, en va-et-vient.

Je suis avec toute mon émotion.

Je suis avec toi et ta main caresse ma hanche, avec la douceur de ta main, sur le lit de notre première chambre. Tes mains sont bien amantes.

Je suis avec ma pensée qui en tremble encore tant elle en fut émue.

Je suis avec tes gestes, tes gestes de ce soir-là. Et tout se ralentit. Et puis tout s'accélère. Ma passion se reporte, et mon amour m'emporte, est de plus en plus fort. 

Je suis avec cet instant d'amour pris à ce bout de nuit qui me revient avec obstination. Il est l'heure de rentrer.

Je suis avec les soirs qui suivent le soir de cette première chambre.

Je suis avec le soir prochain à l'écart du parking du même hôtel planté au bord du fleuve et séparé de l'eau par une voie rapide sur quelques centaines de mètres.

Je suis avec toi, et toi et moi sommes assis dans l'habitacle de ta voiture - encore - garée tout au bout du parking de l'hôtel. L'hôtel était complet.

Je suis avec ma passion qui me transporte une autre fois encore et mon amour me réemporte dans ma réalité construite.

Je suis avec la portière de ton habitacle ouverte au dessus de la chaleur émise par le bitume réchauffé ce jour-là tout le jour par un soleil puissant.

Je suis avec cet autre instant pris à ce bout de nuit amante qui me revient avec obstination.

Je suis avec bien d'autres soirs, loin de la ville-centre.

Je suis avec nos pas quelques semaines après qui pas à pas se rapprochent du centre de la ville.

Je suis avec nos pas qui s'approchent, se rapprochent, à grands pas cadencés.

Je suis avec notre premier soir dans la ville-centre, dans un minuscule bar où toi et moi avons déjà osé nous immiscer quelques jours en arrière sans trop de discrétion, une heure en passant. On peut nous reconnaître, à présent, toi et moi esquivons. Nos consciences ne supportent plus tous ces moments volés, pour être partagés. Le cœur attire les amants dans le centre des villes. Je suis bien ton amant.

Je suis avec les rues de ce tout premier soir. Les rues sont revêtues de nos tous premiers pas. La soirée ce soir-là n'est pas même entamée.

Je suis avec toi dans ce bar minuscule. Toi et moi sommes assis sur deux tabourets avec vue en plongée sur les tables du bar. Toi et moi sommes là.

Je suis avec l'endroit qui dégage bien des choses ayant trait à de l'amour vécu. La lumière tamise des peintures et des photographies exposées sur les murs qui entourent les trois tables du bar et de hauts tabourets. Ici, des fruits secs sont offerts tout au long du soir jusque tard dans la nuit. Toi et moi reconnaîtrons les soirs suivants les sourires des habitués du bar.

Je suis avec toi dans ce bar à trois tables dans le cœur de la ville, pour la première fois. Toi et moi écoutons, parlons, entrecoupés de silences. Ton visage s'éclaire, détendu. J'observe tes tâches de rousseur.

Je suis avec les jours qui suivent. Nos sorties nocturnes dans le centre de la ville deviennent plus fréquentes.

Je suis avec le centre de la ville qui me revient avec obstination. Notre amour a avancé.

Je suis avec des personnages et des couleurs tout au cœur de la ville.

Je suis avec des pierres blondes et avec un mur de couleur rouge pourpre, dans un bar tout en longueur. Le bar s'étire sur bien des mètres pour s'ouvrir vers le fond sur des voûtes bien hautes.

Je suis avec un cocktail siroté et avec les vibrations d'une musique bien balancée, puissante. Je confonds les visages des serveurs, ce soir-là, dans ce bar tout en longueur qui s'ouvre vers le fond.

Je suis avec le fond de ce bar où des silhouettes de femmes, d'hommes, s'agitent, en direct ou en différé.

Je suis avec bien des silhouettes rencontrées avec toi.

Je suis avec l'une de ces silhouettes, la silhouette attentive d'une femme qui nous a maintes fois servis, « au libanais ». Le restaurant ne ressemble en rien au bar tout en longueur si ce n'est par la couleur blonde des pierres assemblées les unes aux autres sur des murs respectés. Une affiche de cinéma recouvre une grande partie du mur, près de l'entrée, avec vue sur Beyrouth. La silhouette de la femme porte en elle la fierté de sa terre.

Je suis avec les allées et venues d'une autre silhouette, celle du fils de la femme entr'aperçu dans le restaurant, lui aussi me revient avec obstination. Leurs silhouettes me sont devenues presque familières.

Je suis avec d'autres silhouettes, dans d'autres restaurants. Nous investissons désormais tout le cœur de la ville, à découvert.

Je suis avec un autre restaurant dans un quartier situé tout près du centre-ville.

Je suis avec le menu écrit à la craie du restaurant de ce quartier proche du centre. Je me plais à ressentir la chaleur du foyer de la cheminée pourtant inexistante, dans la salle rectangle de ce restaurant. L'ambiance est toute de bois et de pierres blondes.

Je suis avec les bonsoirs de cette autre silhouette qui nous accueille, à l'entrée,  avec un bonsoir presque amical. Elle nous reconnaîtra dès que nous entrerons, toutes les autres fois où nous reviendrons.

Je suis avec le contraste saisissant d'un autre restaurant - encore - à quelques pas de là, dans ce quartier très prisé.

Je suis avec toi et moi qui marchons le long d'une halle tout juste restaurée, vers cet autre restaurant. La nuit, la halle est transparente. Nous franchissons la porte de l'autre restaurant.

Je suis avec les plats servis qui n'en finissent pas, dans ce restaurant-là.

Je suis avec les silhouettes attablées et avec le rouge de la moquette de ce restaurant-là.

Je suis avec l'« hystérie » sympathique de la femme qui apporte les plats et avec le regard amusé de son mari ce soir où la machine à carte bleue s'est emballée et nous avec, dans un fou rire réparateur.

Je suis avec ton rire et avec cette impression dégagée par ton rire, ton rire bien réparateur.

Je suis avec toi tout près du centre-ville et des silhouettes vont et viennent m'ancrer encore davantage dans mon amour qui avance.

Je suis avec tes yeux tout emplis de lumière, dans bien des restaurants, des jours d'avant et bien des jours d'après, des jours en semaine peu fréquentés, à midi ou lors de soirs en aparté.

Je suis avec des attentions de femmes et d'hommes portées sur toi et moi, avec ou sans discrétion, le plus souvent avec déférence.

Je suis avec le bar de notre premier soir, j'y retourne, le minuscule bar à trois tables de nos tout premiers soirs dans le cœur de la ville. C'est ici qu'est venue ma pensée d'une première nuit, dans ce bar minuscule. Nous y sommes maintes fois retournés, ensemble. Je te dis ma pensée. Et tu suis ma pensée. Toi et moi nous imaginons pour la première fois une première nuit, entière, loin du cœur de la ville et de ses environs. Toi et moi nous projetons ainsi toute une première nuit, un soir à découvert dans le cœur de la ville.

Je suis avec notre pensée dans ce bar à trois tables. Mon désir d'une nuit toute entière avec toi me recouvre, entier. Toi et moi décalons nos calendriers pour accorder nos dates. Et notre première nuit se cale sur nos calendriers.

Je suis avec toi et ma pensée oscille, oscille,  entre toi et le début de notre histoire élancée sur un trottoir, entre toi et le cœur de la ville où nous nous sommes trouvés, approché pas à pas cadencés sans trop de discrétion, entre les silhouettes qui me sont devenues presque familières et toi.

*

Je suis avec le début du soir de notre première nuit, dans ma voiture sur l'autoroute, en début de soirée, bien des semaines après notre début, près du grand hôpital, dans la ville-centre.

Je suis avec une station service signalée sur un panneau, un panneau planté juste avant la sortie.

Je suis avec la couleur orange de la station service. Je m'arrête et mon regard se pose sur les feux allumés de l'aire de la station. Je me gare et j'entre dans le bar orange de l'aire de la station au bord de l'autoroute.

Je suis avec un double café serré déposé sur un plateau rouge sur la table du bar de la station où je m'asseois déjà tout excité. Je me sais en suspend. Et je te crois m'attendre déjà un peu plus loin, à quelques kilomètres d'une sortie prochaine de l'autoroute. Je ne pense qu'à toi.

Je suis avec le plateau rouge posé sur la table où je suis attablé et j'observe mon pouce et mon index qui contiennent l'anse de ma tasse de café en suspend.

Je suis avec mes yeux rivés vers les lumières de la circulation à vive allure sur l'autoroute.

Je suis avec la lumière des phares des voitures dans la nuit qui brouille mon attention. Je ne pense qu'à toi et tu captes mon attention. Je reprends l'autoroute.

Je suis avec la route qui défile et avec les traits en pointillés des bandes blanches au bord de l'autoroute.

Je suis avec la sortie de l'autoroute qui signale la station balnéaire, la destination où je te crois m'attendre, notre destination.

Je suis avec une route étroite enfouie bien au dessous des pins, à quelques kilomètres de la sortie de notre destination sur l'autoroute. La station balnéaire choisie pour notre première nuit, plantée au bord de l'océan, est toute proche, à quelques kilomètres.

Je suis avec la route qui mène à notre destination, celle que nous avons choisie, loin de la ville-centre.

Je suis avec les pins qui obscurcissent la route vers notre destination. Des pins surplombent la route de l'autoroute à la station.

Je suis avec le panneau de signalisation à l'entrée de notre destination. Une foule immense de vacanciers a envahi la rue principale. Je découvre la station balnéaire, construite tout en longueur, à la perpendiculaire de l'océan, séparée des vagues par des dunes de sable. 

Je suis avec ma voiture garée sur un parking tout recouvert de pins.

Je suis avec mon sac, je marche vers l'hôtel, un peu plus loin sur la rue principale.

Je suis avec ma vue sur un bout de foule qui passe devant la terrasse de l'hôtel où je suis arrivé, le soir de notre première nuit. Je commande une pression. L'hôtel a son pignon sur la rue principale.

Je suis avec toi qui surgit un court moment après. Nos visages se sourient, dès que nos yeux s'accrochent.

Je suis avec ta bouche qui m'embrasse longtemps en arrivant. Ma bouche te répond.

Je suis avec toi - enfin - au bord d'une station balnéaire plantée au bord de l'océan. Je me trouve bien serein.

Je suis avec toi, loin de la ville-centre, où l'une ou l'autre de nos connaissances nous aurait reconnus.

Je suis avec tes mains sur la terrasse de l'hôtel où je suis arrivé. Une foule ininterrompue remonte et redescend la rue principale de la station presque en continu. Tu embrasses le revers de ma main.

Je suis avec toi, et toi et moi « aspirons » le fin fond de nos verres, comme ça, je suis bien impatient de toi. Nos gestes coordonnés s'éclipsent dans un sourire.

Je suis à l'intérieur avec mon coude accoudé sur le comptoir du bar.

Je suis avec le bout du bar où sont suspendues à l'arrière les clefs des chambres de l'hôtel.

Je suis avec le timbre de la voix très accueillante qui a retenu notre chambre. Elle te remet la clef. La nuit est juste tombée.

Je suis avec l'étroitesse de l'escalier qui monte vers la chambre. Toi et moi entrons dans notre première chambre pour notre première nuit. La voix très accueillante qui a retenu notre chambre, elle, redescend. Toi et moi découvrons notre chambre. De la fenêtre, nos yeux plongent sur la rue principale qui se prolonge jusqu'aux dunes, ensablées entre l'eau et le bout de la rue. Toi et moi déposons nos affaires dans un coin de la chambre. Toi et moi nous allongeons sur le lit de l'hôtel. Et nous nous embrassons, longtemps, longtemps, avec une ferveur partagée en silence.

Je suis avec les bruits de la rue principale et avec nos premiers frissons.

Je suis avec les bruits de la terrasse en contrebas qui couvrent le bruissement de nos habits enlevés à la hâte.

Je suis avec nos corps qui s'étaient bien manqués.

Je suis avec toi et tu es avec moi. Je déverse des larmes, à l'intérieur de moi. Ma jouissance est bien empreinte de sentiments, je sais pourtant ta fuite quasi prochaine et presque inéluctable.

Je suis avec « la lye », ces deux mots de toi que tu prononces à ce moment là, et qui veulent tout dire. Je suis dépassé par ma passion qui monte, monte, lors de ce câlin-là. Je reprendrai tes mots - « la lye » -  en bien des circonstances. Ma passion te dépasse et te dépassera. Et elle me fourvoiera.

Je suis avec « la lye », bien du temps a passé. Ta faim s'exprime. Ton ventre te tiraille. Toi et moi descendons nous rassasier en bas. Le bruit des allées et venues des nombreux vacanciers n'arrive plus de la rue principale. Toi et moi avons bien perdu toute trace du temps. Il fait nuit.

Je suis avec toi dans la rue principale quasi déserte, en cette heure avancée de la nuit. Le temps a bien tourné. Les devantures des bars et des restaurants sont toutes fermées, ou presque. Toi et moi marchons jusqu'à l'avant des dunes, jusqu'au seul bar ouvert en cette heure avancée de notre première nuit. Ce sera pour ce soir un bar avec cocktails.

Je suis avec tes mains, tout au long du trajet, avec tes yeux qui rient de l'hôtel jusqu'au bar à cocktails planté en bordure des dunes, tout au bout de la rue principale.

Je suis avec ma grande soif et toi avec tout ton appétit. Toi et moi entrons dans le bar à cocktails.

Je suis avec nos verres sur le comptoir du bar, sur fond de néons bleus, la terrasse est déserte en cette heure avancée de la nuit. Le comptoir est en bois.

Je suis avec l'atmosphère du dehors, ce soir-là, une atmosphère électrique, aux dires du serveur prononcés lorsque toi et moi sommes entrés dans le bar. Nous sommes assis à la hauteur de deux tabourets, à l'intérieur, accoudés l'un à l'autre. Le serveur parle de la police, de son intervention d'hier soir.

Je suis avec toi et tu me parles de ta faim. Il n'y a rien à manger dans le bar à cocktails, à l'exception d'une barre chocolatée que tu dévores avec un cocktail bien sucré. C'est l'été. Dehors il y a un vent frais du large. On ne voit pas l'océan, à peine deviné de l'autre côté des dunes.

Je suis avec toi et notre élan est bien loin de l'atmosphère décrite par le serveur du bar. Nos confidences ce soir-là s'emballent de choses et d'autres, avec ou sans signifiance. Toi et moi partageons bien de nos conversations, depuis le jour où nos lèvres se sont frôlées pour la première fois. Tu es ma confidente.

Je suis avec un peu plus tard, de retour vers l'hôtel. Des silhouettes sortent des dunes et empruntent la terrasse puis la rue principale, elles passent devant l'hôtel. Le bar de l'hôtel est bien fermé en cette heure tardive. Toi et moi nous introduisons dans la bâtisse et montons l'escalier jusqu'au premier étage.

Je suis avec la chambre, la porte encore ouverte. Tu repousses la porte et nous nous affalons sur le lit de l'hôtel. Nous nous engageons au cœur de notre première nuit.

Je suis avec le cœur de notre première nuit. Toi et moi sommes enfin dans l'intime l'un de l'autre, pour une nuit entière, pour une éternité.

Je suis avec le déroulé de cette éternité, sans la pression de l'heure. Et le déroulé me revient avec obstination.

Je suis avec la tendresse de nos câlins qui durent, durent. Notre transpiration est encore prégnante, au petit matin.

Je suis avec ma tête posé entre tes seins, je respire ton parfum.

Je suis avec l'aube du jour qui se pointe et la lumière qui déjà se devine.

Je suis avec le petit matin.

Je suis avec toi, et toi et moi partageons une cigarette avec l'air frais du dehors, le volet de la chambre entrouvert. L'air frais du dehors de notre premier matin nous caresse la peau.

Je suis avec un peu plus tard, avec nos brosses à dents, côte à côte dans la salle de bain. Le matin a déjà avancé.

Je suis avec toi qui sourit à la vue de la cabine de douche de la chambre d'hôtel toute exiguë, celle de cette nuit-là, cette nuit tant attendue.

Je suis avec notre première nuit.

Je suis avec les sons de notre première nuit, le vent dans les feuillages, des voitures qui démarrent, éparses. Je devine la mer par la senteur portée par le vent frais du large.

Je suis avec l'allure de notre première nuit qui bien vite prend fin. Le jour a envahi la chambre. La nuit est déjà loin.

Je suis avec ta faim du soir non rassasiée et ta faim resurgit. Le matin appelle ton appétit. Toi et moi descendrons prendre notre premier petit déjeuner, un étage en dessous, sur la terrasse de l'hôtel.

Je suis avec notre arrivée sur la terrasse de l'hôtel au bord de la rue principale sans son agitation du soir. Des camions-balais aspirent toutes les traces-à-jeter qui jonchent le parterre de la rue principale.

Je suis - déjà - avec « plus tard », loin de mon arrivée et mon départ est proche. Je quitte la station. Tu suivras en suivant. Je reste suspendu à ton départ prochain, pour d'autres destinations, ailleurs.

Je suis avec ma pensée qui oscille, oscille, entre notre première nuit projetée dans un bar minuscule à trois tables bien des semaines avant et toi, entre toi et notre première nuit vécue bien des semaines après, un bout d'éternité pris au temps d'une nuit, dans une destination plantée au bord de l'océan.

*

Je suis avec « chez toi ».

Je suis avec ta robe bleue, chez toi, avec mon attirance pour toi vêtue de cette robe bleue. C'est le soir. Tu as enfilé ta robe après avoir essayé des costumes esquissés par une styliste pour une chorégraphie.

Je suis avec un verre de grenadine, ce soir-là, et bien des soirs après.

Je suis avec la nuit, chez toi, une nuit où tu as eu subitement envie d'un goût de grenadine. Je redécouvre cette nuit-là, les fruits rouges qui composent la grenadine : la framboise, la groseille, le cassis.

Je suis avec les hauts et les pantalons des costumes qui te ravissent et que tu essayes devant moi, l'un après l'autre. L'étoffe sublimera la danse. 

Je suis avec un fond d'images sur ta télévision, avec les parasites de ton antenne mal réglée sur ta télévision, chez toi, cette nuit-là.

Je suis avec ta robe bleue éclairée par de minuscules motifs blancs dont la forme m'échappe, au présent. Le blanc n'altère pas le bleu.

Je suis avec un autre soir chez toi, assis à même le parquet avec un artichaut contre ton divan. Tu es presque dévêtue de ta robe bleue qui remonte le long de tes jambes blanches que je caresse, ma tête appuyée contre ton divan.

Je suis avec les couleurs de chez toi, le bleu, le rouge, et le blanc des murs presque tous recouverts de couleurs proches du bleu, du rouge, ce sont les couleurs que j'ai retenues.

Je suis avec mes caresses sur tes jambes et toi tu me souris longtemps, longtemps. Nous mangeons nos artichauts.

Je suis avec toi et moi,  tu te relèves, pars et reviens de la cuisine avec des huîtres. Tu aimes l'eau salée des huîtres que tu ouvres presque par habitude.

Je suis avec « chez toi », avec tes couleurs, tes goûts et les odeurs du lieu.

Je suis avec « chez toi », avec de la musique que nous avons écoutée, ensemble, des soirs où nous nous sommes retrouvés, chez toi.

Je suis « chez toi », nous sommes assoupis sur le divan, nous sommes recouverts d'un couvre lit en coton blanc.

Je suis avec « beaucoup plus tard », chez toi, loin de nos premiers soirs dans le cœur de la ville. Des regards peuvent nous surprendre, ici, les soirs que nous partageons, lors des nuits que nous vivons ensemble, chez toi, jusqu'aux petits matins.

Je suis avec ta chambre dans la pièce à côté de celle du divan.

Je suis avec l'épaisseur de ta couette et avec la fraîcheur de tes draps, lors de la première nuit partagée avec toi, chez toi.

Je suis avec toi dans ta chambre et tu me déshabilles. Je décroche avec maladresse la fermeture de ton soutien-gorge dans ton dos et tes seins s'imposent à moi. Je caresse tes seins. Tu ne les retiens plus.

Je suis avec « quelques heures ont passé », avec ton dos qui s'est blotti contre mon torse. Nos baisers se sont attendris. Tu caresses mon torse.

Je suis avec les nuits, chez toi, avec mes réveils en sueur bien des nuits, mon torse blotti contre ton dos. La sueur de mon corps évacue le trop plein de celles et ceux tout le jour agités ou par trop contrariés par notre histoire qui avance. Est-ce une histoire d'amour ? J'ouvre les yeux, tes yeux sont bien fermés, tout enfin reposés. J'éprouve du plaisir pour ta sérénité.

Je suis avec bien d'autres nuits, la nuit, avec un minuscule cendrier que tu poses sur ton ventre. Je suis tout détendu de me retrouver là, au milieu de la nuit. Nous  grillons une cigarette. J'observe pour une énième fois ton lobe d'oreille en forme de triangle, les trois fines rides dans ton cou, tes grains de beauté, tes tâches de rousseur, des traits physiques qui n'appartiennent qu'à toi.

Je suis avec « chez toi » avec un ressort qui ressort de ton matelas, un autre soir. Tu me racontes l'histoire de ce ressort qui ressort de ton matelas.

Je suis avec la projection au plafond si particulière de l'ombre des persiennes éclairées du dehors la nuit par les lumières de la ville. J'aime les persiennes de chez toi.

Je suis avec le temps qui file, file, dans la nuit.

Je suis avec le temps qui file, file, le matin.

Je suis avec les sonneries des réveils du matin, avec tes longues jambes qui s'étirent le matin. Tu as enfilé ton pantalon noir en mousseline et de fines bretelles sont suspendues à tes épaules. J'écarte les bretelles et j'embrasse l'une puis l'autre de tes épaules.

Je suis avec ces câlins-là, juste après les sonneries des réveils du matin.

Je suis avec nos levers, juste après.

Je suis avec toi, dans ta cuisine, avec la position du sucre dans le placard au dessus de l'évier qui m'est devenue presque familière.

Je suis avec nos petits déjeuners, chez toi, le matin. Tu presses une orange qui accompagne ton café partagé avec beaucoup de lait. Je dépose sur la table de la cuisine une poche en papier qui retient des croissants. Pour toi, ils seront tout recouverts d'amandes. L'aube a tout juste percé. La boulangère est bien matinale, à côté de chez toi. Toi et moi apprécions les croissants, le matin, avec et sans amandes.

Je suis avec l'anse de la tasse jaune remplie d'un café noir que tu sais que j'« aspire » bien serré, le matin.

Je suis avec mon café serré dans la tasse jaune.

Je suis avec toi, avec mon goût très prononcé de mon premier café, le matin.

Je suis avec ta radio allumée et les informations du jour retiennent de temps en temps l'une ou l'autre de nos attentions. Parfois nous rebondissons sur la même nouvelle.

Je suis avec les nouvelles du jour qui accompagnent nos petits déjeuners, le matin. Nous sommes à découvert.

Je suis avec mes yeux qui zappent sur des choses qui n'appartiennent qu'à toi, dans ton appartement.

Je suis avec une grande affiche que tu as accrochée chez toi, dans le couloir. L'affiche soutient des dizaines de messages d'amour pour une « expoterrestre », des messages peints et écrits pour être envoyés et en toutes directions dans l'univers, à la rencontre d'autres univers.

Je suis avec des photographies tout autour de l'affiche, en noir et blanc. Je suis avec des images qui composent ton univers.

Je suis avec une carte postale accrochée dans la pièce du divan, une carte qui parle du destin et d'un trait de lumière qui nous appartient, les couleurs de la carte sont l'ocre, le bleu.

Je suis avec des images accrochées ça et là, sur les murs de chez toi. La couleur ocre puis le bleu rejoignent vite le rouge.

Je suis avec la couleur rouge, au dessus de la cheminée, avec un dessin au fusain tout en nuances de rouges, sur fond blanc.

Je suis avec les couleurs jaune pâle et verte de la cuisine, le matin.

Je suis avec la couleur blanche de ta salle de bain, le soir.

Je suis avec la couleur gris-bleu de ta chambre, la nuit.

Je suis avec les couleurs de chez toi qui ne se mélangent pas. Je quitte ta cuisine, il est l'heure de rentrer.

Je suis avec le verrou de la porte de chez toi que j'ouvre à double tours, en partant. Je descends de chez toi.

Je suis avec la couleur grise du trottoir, devant chez toi, le matin. Et les matins se suivent, tout humides de la pluie fine et continue qui tombe dans la ville-centre, le matin, en hiver, sur la couleur grise des trottoirs. Je marche sur le trottoir humide en sortant de chez toi, jusqu'à ma voiture garée ni trop loin ni trop près.

Je suis avec le même trottoir, à l'automne, avec la même couleur grise.

Je suis avec le trajet de chez toi jusque chez moi qui traverse le cœur de la ville, le matin, en hiver ou en automne. Et ma pensée oscille, oscille, entre chez toi et toi, entre les couleurs de chez toi qui ne se mélangent pas et toi, entre toi et mon amour que j'ai vécu chez toi, en couleurs.

 *

Je suis avec ailleurs.

Je suis avec toi, ailleurs, avec d'autres ailleurs que toi et moi avons vécus, ensemble. Mon amour s'est enrichi de nos ailleurs vécus. Je zappe nos ailleurs, les images se brouillent et me viennent en désordre. Je les saisis au vol, pour ne rien perdre de nos instants furtifs.

Je suis avec l'un de nos premiers ailleurs, un ailleurs que tu as désiré. Je zappe cet ailleurs.

Je suis avec nos premiers pas dans le cœur de cette ailleurs-là que toi et moi avons choisi sur ta proposition. Nous sommes au pied d'une immense tour dirigée vers le ciel et gravissons les marches de l'entrée de la tour.

Je suis avec mon impression d'il y a quelques années, lorsque je m'étais trouvé là, au même endroit, dans cette ville immense, pour la première fois, en solo, perché tout en haut de la tour, au dessus de la ville.

Je suis avec nos frissons que je ressens dès la montée dans l'ascenseur, plusieurs étages mains dans les mains, avant que notre vision ne surplombe la ville.

Je suis avec les dernières marches, et toi et moi franchissons la porte vers la terrasse perchée tout en haut de la tour. Le vent s'engouffre dans la porte.

Je suis avec les 360 degrés que notre vision parcourt tout en haut de la tour. Seuls sur le toit du monde, enfin, pour ce soir-là, toi et moi laissons aller tous nos rires intérieurs. Même l'homme dans sa cabane  perchée au dessus des lumières de la ville nous est transparent.

Je suis avec ma joie de partager ma vision avec toi, géante, au dessus des feux de la ville immense qui se découvrent puis se perdent bien au delà de notre vue humaine, ce soir-là. Au loin, la lumière clignote tant la distance est grande.

Je suis avec toi, et toi et moi redescendons la tour. Tu me dis ton appétit.

Je suis avec nous qui nous accompagnons dans un immense restaurant très fréquenté près de l'immense tour de quelques dizaines d'étages.

Je suis avec l'immense salle du restaurant, en arrivant en bas, un peu plus loin.

Je suis avec les serveurs qui nous guident dans le restaurant. Tu souris eu égard aux égards des serveurs et du vin que nous dégustons en début puis tout au long de la soirée.

Je suis avec toi dans ce grand restaurant, tout au long de la soirée, entourés par des femmes et des hommes tous d'ailleurs. Mon amour est entouré de pluriel.

Je suis  avec le lendemain des quelques dizaines d'étages, sur un très large boulevard avec vue sur la tour, au dernier étage d'un hôtel pour touristes, l'hôtel de cet ailleurs où nous résidons, en ces jours.

Je suis avec toi dans la minuscule chambre de l'hôtel où nous nous sommes posés. Et nous nous reposons.

Je suis avec des images et des sons que tu zappes sur une télévision suspendue au plafond. Je me blottis contre toi et observe d'un œil distrait les images qui filent.

Je suis avec nos pieds enflés par notre marche du jour dans les rues de cet ailleurs vécu.

Je suis avec toi qui te déchausses. Je masse ton talon d'Achille.

Je suis avec le lendemain soir toujours dans cet ailleurs. Nous sommes dans un minuscule théâtre où l'on joue une histoire entre femmes.

Je suis avec toutes nos sensations bien assemblées et accrochées au verbe ce soir-là, ensemble, dans cet ailleurs-là. J'aime écouter, voir, respirer le théâtre. J'aime le caractère de la féminité qui s'exprime au théâtre, dans cet art de l'instant qui sait être sublime.

Je suis avec un autre ailleurs.

Je suis avec la veille de cet autre ailleurs. Toi et moi avons choisi le centre d'une grande ville, une ville du Sud, un ailleurs désiré tout exprès pour une majestueuse fête, dans le calendrier, la fête du nouvel an. Je calerai cette date bien des semaines avant, comme un vœu suspendu, comme ça, à mon désir de vivre le passage d'une année, avec toi, ailleurs.

Je suis avec toi, et toi et moi exauçons ce vœu voulu plus par moi que par toi. Tu me suis en confiance, vers cet autre ailleurs.

Je suis avec notre arrivée dans cet autre ailleurs, dans l'enceinte de l'hôtel en plein cœur de la ville, une immense véranda designée fort à souhait. D'immenses plantes ont transformé l'espace. Tu me regardes patienter, accoudée au comptoir de la réception. Les mots échangés par les clients sont feutrés par l'ambiance très détendue du lieu.

Je suis avec cet autre ailleurs bien calé dans nos calendriers, l'un des plus attendus parmi tous nos ailleurs. Toi et moi avons coupé tout contact avec nos extérieurs, lors de cet ailleurs-là. Nous avons éteint nos téléphones portables.

Je suis avec une aire d'autoroute lors d'une brève escale, quelque part entre notre ville d'eau et cet autre ailleurs vers lequel nous nous dirigeons, pour une majestueuse fête, un soir de nouvel an.

Je suis avec notre arrivée dans cet autre ailleurs-là, cet ailleurs tout aussi désiré que notre vue perchée presque au dessus du ciel, quelques pages en arrière.

Je suis avec la chambre d'hôtel de cette ville du Sud, quelques minutes après notre arrivée, quelques minutes après avoir patienté avec toi accoudés au comptoir de la réception de l'hôtel, sous l'immense véranda designée avec goût. Nous sommes bien détendus.

Je suis avec ton zapping, au propre, sur une télévision au centre de cet autre ailleurs. Tu zappes sur des chaînes câblées.

Je suis avec l'agitation d'en bas, celle du dehors, avec les allées et venues dans la rue juste en bas de l'hôtel, au bord d'une place bien ronde. Il y a un square installé sur la place. Les fenêtres de la chambre de l'hôtel offrent une vue bien large sur le rond verdoyant de la place. Des passants s'affairent dans leurs derniers préparatifs du soir.

Je suis avec la place bien verdoyante dans cette ville du Sud et mon regard revient à l'intérieur. Je tire les rideaux. Mon amour pour toi se décuple, ce soir et dans cet autre ailleurs. Je t'observe bondir du lit, mettre fin à ton zapping câblé, puis revenir vers moi, allongé sur le lit. Notre câlin s'élance. L'occasion est presque féerique. J'aurai pu grandir dans cette ville du Sud, il y a bien des années. J'aime cette ville et la fête qui s'annonce, la fête du nouvel an dans cette ville du Sud.  Les minutes se suivent et ne se ressemblent pas. Toi et moi quittons l'hôtel, il fait déjà nuit noire. Nous nous dirigeons vers la place centrale de cette ville que nous avons choisie, un immense rectangle empli de terrasses où il fait bon s'asseoir, en été comme en hiver, le matin, le soir, ou au cours de la journée. La place est noire de monde, de femmes, d'hommes, d'enfants. Il y a des anciens et des jeunes en rollers. Les anciens ont apporté pour certains des chaises qu'ils ont dépliées sur la place, éparses. Le spectacle sera pyrotechnique, offert par la municipalité, du son, des images et mille feux d'artifice seront projetés au dessus de la place pour cette occasion-là.

Je suis avec toi à attendre minuit, entourés de femmes et d'hommes tout excités par ce passage de l'an.

Je suis avec minuit, et toi et moi partageons le saut calendaire avec des femmes et des hommes qui nous sont inconnus, alors. Nous nous embrassons longtemps, longtemps, en ce soir de nouvel an et de nouvel élan, dans cette ville du Sud. Le spectacle est majestueux, nos bouches bées.

Je suis avec cet envol-là, un 31 décembre, dans cet ailleurs calé bien des semaines avant. Je ferme les yeux et je bâtis un vœu. Il ne s'exaucera pas.

Je suis avec cet envol-là, avec des envols en plein jour, d'autres envols dans la nuit, avec des entre-nuits et bien des entre-jours.

Je suis avec nos ailleurs, tous furtifs par nature. Et nos ailleurs attirent d'autres ailleurs, d'ailleurs.

Je suis avec un entre-ailleurs, avec les propos rapportés d'un chercheur qui parle de je ne sais plus quelle molécule qui se dégage de corps de femmes et d'hommes lorsque les corps s'attirent. Ces hormones se sécrètent avec beaucoup d'amour.

Je suis avec toi et moi, engagés vers des ailleurs bien attirants.

Je suis avec mon attirance.

Je suis avec les propos du chercheur qui évoque des tests sérieux de mesures de sécrétions, biochimiques par nature.

Je suis avec ces molécules, biochimiques et natures, sécrétées. Je ne m'en dégagerai pas. Je construirai un bout d'éternité avec nos molécules.

Je suis avec ailleurs. Et je zappe sur un tout autre ailleurs, parmi nos autres ailleurs. Nous sommes sur une autoroute. Je conduis ta voiture. Tu me parle d'ailleurs.

Je suis avec le lendemain de cette autre zapping, avec ton regard bien hâtif, le matin. J'aime te sentir proche de moi, le matin.

Je suis avec le bar du soir où nous avons patienté avec quelques tapas et des bières bien fraîches. Nous avons parlé, longtemps, longtemps, dans ce tout autre ailleurs.

Je suis avec toute ma confiance, ce soir-là, pour une déclaration dans notre intimité.

Je suis avec la maladresse de ma déclaration subite, à peine prononcée, au cours de cette soirée, ma demande en mariage. Tu me dis que toi aussi tu te serais bien mariée, il y a quelques années.

Je suis avec ce bar épris désormais de ma déclaration d'un soir, et mes propos d'alors me reviennent comme par obstination. Je suis bien obstiné.

Je suis avec le lendemain matin de ce tout autre ailleurs. Tu es pressée et toute heureuse de l'arrivée prochaine d'un petit déjeuner. Nous sommes arrivés la veille dans l'hôtel de cette ville, avant de patienter dans un bar à tapas, juste avant la maladresse de ma déclaration du soir. Tu bois ton café au lait accompagné de croissants, de beurre et de confiture. Tu es en appétit, le matin.

Je suis avec ton appétit calé, juste après le petit déjeuner. Tu pousses le plateau et glisses sous le drap. Je sens ton corps s'ouvrir à moi, comme ça, le matin. Tu me dis que ma déclaration du soir a dopé ta confiance, enfin, avec tes mots, enfin, j'aurai peut-être voulu que tu me dises ça, les mots sont bien trompeurs, les gestes les y incitent. Je suis comme un amant trop sûr de mes lendemains seuls.

Je suis avec ton visage un court instant après. J'effleure, je caresse tes joues, toutes rouges en l'instant. Mes yeux se posent sur tes grains de beauté. Je me glisse contre toi.

Je suis avec un autre ailleurs, avec un autre jour, avec un autre endroit. Je rezappe avec retard sur ces mêmes grains de beauté découverts dans ton dos, dans la pénombre de l'une de nos premières fois, il y a bien des mois.

Je suis avec ton inquiétude pour quelques-uns de ces grains-là, en ces jours presque anciens.  Je suis aussi avec mon inquiétude, ensuite, quelques jours en suivant. Notre câlin se retendra pourtant, bien vite,  j'exulterai encore bien des moments durant.

Je suis avec notre câlin qui dure, dure, ce matin, puis qui est interrompu avec « brusquesse » par un appel du téléphone. Les hôteliers nous pressent de bien rendre la chambre. L'heure a tourné, tourné. Nous quitterons la chambre quelques minutes après, le lendemain de ma déclaration.

Je suis avec la fenêtre de l'hôtel ouverte sur le jour, à ce moment-là, avant notre départ un peu précipité. Tu es avec ta douche du matin. J'entre dans la salle de bain et j'observe l'eau qui ruisselle tout le long de ton corps, tu me serres dans tes bras, je respire ta peau.

Je suis avec toi dans la rue en partant de l'hôtel de cet ailleurs marqué par ma déclaration. Je savoure à l'envi nos moments qui ont filé en une continuité d'instants.

Je suis avec cet ailleurs-là et avec tous nos autres ailleurs savourés dans des chambres d'hôtels, ailleurs.

Je suis avec ma pensée qui oscille, oscille, entre bien de nos ailleurs et toi, entre bien des lieux d'ailleurs et toi, entre toi et ma déclaration d'amour subite dans un bar à tapas.

*

Epilogue

Je suis avec bien des fragments de notre amour vécu, avec bien des fragments inachevés, des fragments en suspend. Je ne chercherai pas à les défragmenter. Ce n'est pas dans ma nature.

Je suis avec mon engagement et je ne chercherai pas à me désengager, à présent.

Je suis avec le deuil de mon absolu confiance en toi puisée dans mon amour vécu. Toi et moi avons exulté et nous nous sommes affirmés, pour un temps. Toi et moi avons grandi.

Je suis avec nos réflexions sur le supplément d'âme des femmes et des hommes que toi ou moi avons portés dans notre intimité. Notre intuition commune m'a épaté dans bien des circonstances. Nos dires sur les autres nous ont bien rapprochés tant nos ressentis se sont sentis bien proches.

Je suis avec des propos sur toi que j'aurais pu prononcer. C'est bien ce que j'aime en toi : le caractère de ta féminité, ton tempérament. Je resterai avec d'autres propos d'un ami trop flatteurs pour moi-même, prononcés à la hâte, au début de notre histoire : « Tu es l'homme dont elle a besoin. Vous allez bien, ensemble ».

Je suis avec toi et je resterai avec toi, dans ma réalité construite, pas à pas depuis mon fond d'enfance, pour bien du temps, c'est sûr.

Je suis avec mon dernier regard vers toi, encore happé par la lueur opalescente dans tes yeux, lueur que j'ai prise pour mienne. Je me suis fourvoyé.

Je suis avec la fois où je t'ai dit pour la première fois : « tu es la femme dont j'ai toujours rêvée ».

Je suis avec ma foi.

Je suis avec ma fidélité sans faille que je sais certaine en moi. Tu es « la femme de ma vie ». Toi tu n'as jamais cru à  « l'homme de ta vie », tu n'as jamais été au bord de cet engagement, je le sais désormais, j'ai refusé d'y croire, et pourtant, tu as bien su me tromper, pour clore notre intimité. Je me suis bien trompé dans notre histoire de vie, commune, et bien avant le soir de ma déclaration.

Je suis avec un océan d'« avecs » et moi qui ne fais plus le point. Le ressac du don de moi monte, monte, tout épris à revers. Il me faudra du temps, immensément de temps. Sans toi je cautériserai.

Je suis avec ma pensée qui désormais se perd en des bouts où tout se multiplie, et mes nuits te rappellent.

Je suis avec ma pensée qui désormais ne voudra plus jamais vivre à sa hauteur.

Je suis avec ma pensée qui désormais oscille, oscille, entre toi et moi, entre nous et mon abus d'amour. 

 

<> 

Bordeaux, 2000.

 

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