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Berlin, la tasse, texte

 

C’était en 1984, le long du mur, à Berlin. J’ai oublié le nom de l’esplanade où s’étirait le marché aux puces.  J’ai rapporté deux tasses, pour mon café, le matin. J’ai conservé la première dans ma bibliothèque, la plus belle, amputée de sa anse. J’ai arrêté le lave-vaisselle quand les roses ont commencé à disparaître. La deuxième est inusable, garantie pour les hautes températures. Que voulez-vous ! Deux objets valent mieux qu’un. 

Il pleut sur Berlin. J’entends la sympathie de la foule qui s’affaire, sens l’odeur des hot-dog, dégustés assis, avec vue sur le mur. J’observe les graffitis. Nous nous approchons, le mur sépare à perte de vue. Une sorte de tour en bois a été installée pour le surplomber. Nous gravissons l’échelle. Quelle n’est pas ma stupéfaction ! Ce n’est plus un mais deux murs qui désormais séparent. Et entre les deux :  une route, un champ miné. Vous me parlez d’un champ ! Au su des kilomètres à parcourir tout autour de Berlin, c’est une multitude de champs dont il s’agit, de mines.

J’aime l’ambiance du marché aux puces, apprécie de tomber sur un objet sans le chercher vraiment. Je le marchande pour mieux ensuite lui redonner vie. Ne me demandez pas de retourner ma tasse, celle fleurie à l’intérieur, car le jour où j’eus la malencontreuse idée de trop pencher l’objet, « MITIERTEICH Bavaria » apparut. J’aurais préféré Berlin à la Bavière, pour l’authenticité.

 

Jean-Luc Benguigui, 3 mai 2008.

http://www.jeanlucbenguigui.fr