
Bulles
à deux temps,
dialogue.
nouvelle, 17
mai 2009.
Laura, mon aura,
mon agora.
Ça y est !
Nous y serions.
Enfin nous en ririons ?
C’est
signé.
Xiris, je t’entends,
je te sens.
Je le sais, tu m’écoutes.
Tu t’en doutes ?
Ça
me coûte,
m’envoûte.
C’est bien toi qui m’écoutes ?
Dans la nuit, je te
réponds.
Laura, mon aura,
mon agora.
Avec toi je
corresponds.
Ta fibre
vibre,
libre,
tournoie en moi,
quel émoi !
Tel un phare,
rare.
Mon sexe s’éprend de
mon esprit,
exaltant nos corps unis ;
fini le désuni,
à l’égale, toi et moi jouissent et prient.
J’aime lorsque tu me
réponds,
d’aplomb.
A bâtons rompus, nous rompons
les qu’en-dira-t-on.
J’aime ta répartie de
toi à moi.
Je sais et moi
donc !
Pas quelconque.
Nous savons, je le sens,
Sous-jacents, nous
sommes bien présents.
Mon excessif
est pris sur le vif.
Nos excessifs sont
intuitifs.
Que de titres indicatifs !
Ils nous ressemblent,
nous rassemblent,
vrais, sains
et à dessein.
Actifs et significatifs.
Distinctifs, suspensifs.
L’excessif est vivre
soi, pour et avec l’autre.
Notre propre
humanité.
La nôtre ?
Montre ta fragilité.
Question de
l’afficher ?
De te montrer touché Xiris, enflammé.
Pas de cliché, craché, quel temps gâché.
Recherché, dépêché.
Tu touches la corde sensible,
terrible.
Je tou-
che la corde.
Accor-
dée. C’est tout.
Sans embrouille,
tu me débarbouilles.
Je fouille.
C’est la trouille
qui me prend.
Non, qui t’éprends.
A contre-courant, c’est rassurant.
Je te surprends.
Tu m’entreprends.
Nous avons toutes et
tous la trouille.
Ouille !
Elle est là, éprise,
prise
à jamais de l’enfance à la tombe,
tombe.
Maîtrise, Xiris !
Mise sur la maîtrise.
D’être – maître de soi.
Chacun chez soi.
L’unique moyen,
- c’est moyen
d’être en prise,
maître de sa
maîtrise,
de sa peur.
Sans heurt !
Renvoyez,
assez fouillé.
Dieu ne joue pas
aux dés.
Pas
De dés.
Tu reviens sans cesse
à Ça.
Xiris, tout est Ça.
Je ne veux pas
mentir. Avec toute ma volonté,
je crois en la vérité
du courage.
Sans bavardage.
N’est-ce pas Ça,
justement,
promptement ?
Son propre courage de maîtriser sa volonté,
sa vérite.
Bien au-delà des
représentations de soi ?
Entre-soi.
Qui se tient à
distance ? L’au-delà ?
Musique à fond,
Les sens le font.
Tout serait là ?
Bien sûr que non.
Laissons le fond
nous tourbillonner
nez-à-nez.
Nos intuitions
sont réfléchies.
Elles ne fléchis-
sent pas
sur nos pas.
Laura,
mon aura,
je tourbillonne.
Xiris, j’en bouillonne.
Tu bulles ?
J’affabule.
En vers
et dans ma chair.
Moi aussi.
Sans si.
Laura
mon aura,
ta fibre
m’équilibre.
Comment revenir d’où je suis, comment te rejoindre ?
Dans ta bulle de
temps ?
Rien ne servirait de geindre.
Quel temps !
Nous n’aurions jamais dû suivre le Professeur
Lépinski. Le risque était trop grand,
L’erreur de nos cœurs
battants,
ton retour
impossible, l’inimaginable erreur, que
de peur !
Pour l’instant, le
Professeur avance.
Mon espérance
est si grande qu’enfin nos bulles de temps
se retrouvent dans
le même temps.
Où en es-tu dans ton temps ?
J’attends.
Nous sommes
le 17 mai 2009, 8
heures et 26 minutes, en somme.
Mon Dieu,
c’est odieux !
Nous nous sommes encore éloignés.
Si je pouvais ouvrir
une poignée
de porte et te
retrouver,
en serais-tu
éprouvée ?
Nous en sommes en
l’an 2035, 26 années se sont glissées
entre ma bulle et le noyau du temps à l’origine sur
Terre, le temps n’est pas pressé.
Le Professeur
Lépinski reste confiant
d’atterrir
avant de repartir.
Réfléchir.
Nous allons ralentir,
nous rapprocher de ta bulle.
Nous allons fusionner
et retenir,
ta bulle.
D’ici
sans si ainsi
dans quelques
semaines déclinées,
nous serons nez-à-nez.
Déjà dit.
Je me sens engourdi.
Laura, mon aura,
qui serait si
sûr ainsi
Laura ?
Ton espérance
est d’enfance.
Le Professeur
Lépinski a réussi
une première fois,
sans souci.
Dépassée,
Xiris, la vitesse de la lumière, c’est du passé.
Jamais je n’aurais cru passer
au-devant de la lumière-même, en être dispersée.
Le Professeur
Lépinski te fera revenir.
Je crois en cette
espérance, en notre avenir.
Tu te fies à notre confiance-en-nous.
Quel autre choix
possible ?
Pas même perceptible.
Oui, Xiris, au nom de notre confiance-en-nous.
Serions-nous écrits,
quelque part ?
Je n’irai pas jusque là, une multiplicité,
de parts,
de complicités,
d’attirances mutuelles,
intellectuelles,
physiques, spirituelles.
Nous sommes multipolaires.
Et nous Laura,
bimultipolaires.
Pour qui nous prenons-nous ?
Au juste qu’en
savons-nous ?
Depuis 6000 ans, des femmes, des hommes, des jeunes
filles et des garçons existent.
De par le monde tous les temps de chacune, de chacun
coexistent.
C’est ici qu’il y a
un nœud
qui blesse,
périlleux.
Une faiblesse.
Le temps n’a plus la force de gérer tout Ça.
Son noyau est saturé de temps,
depuis le temps.
Et en deça
des bulles ont commencé
à s’éloigner du
coeur,
pressées.
Commencé ou recommencé ?
L’histoire ne le dit
pas.
L’humanité elle-même
pourrait être une bulle de temps, juste un pas.
L’espace est infini.
Combien Xiris
exis-
te-t-il de nids
en expansion,
d’additions ?
Au cours
des siècles au longs
cours
des bulles se sont
échappées,
voilà tout,
détachées,
un peu partout.
Jusqu’où ?
Vers où ?
Sans affabulation,
attention,
nos représentations
sont infiniment candides.
Une infinité de
bulles de temps astéroïdes
mériteraient toutes
les attentions
Quelle réalité
entre-nous,
nous représentons-nous ?
Saturée en beauté de
multiplicité.
Combien de bulles de temps,
Xiris, sous-ten-
dent toutes presque infiniment rien
aux regards des galaxies qui s’expansent
« sur » le rien ?
L’idée de vide,
l’hideux vide.
Des bulles reviendront-elles
bien réelles
un jour
et pour toujours ?
Le temps est en
tension.
Des questions
redondantes.
le hantent.
Ma Laura,
mon aura,
qu’aurions-nous
dû ?
Tel est notre dû.
Aurions-nous dû
davantage insister ?
Nous l’avons tant
ten-
té,
Sans hésiter.
Sans résultat, en
aparté.
Le Professeur Lépinski m’a soutenue,
tout ce temps mise à nue.
A outrance.
Trop de confidences.
Ça a fui.
Tu t’es enfuie.
Le Conseil du Patrimoine Monde a dit non.
En aparté, le ton
fut glacial
abrupt, mécanique,
sans mimique.
Pas une pointe
d’idéal.
Un cobaye oui,
pas d’ennui.
Non,
pas deux êtres, s’il
vous plait.
Un point c’est tout.
Ne vous déplai-
se d’être. Non,
n’insistez-pas.
Professeur, n’est-ce
pas,
Vous la ferez
revenir,
à l’avenir
ma Laura,
mon aura ?
Le Professeur
Lépinski construira pour
toi et pour cela un deuxième vaisseau,
pour ton retour.
Le Professeur me
parle enfin de ton rattrapage
dans la page, ma
Laura, mon aura, sans tapage.
Nous ressentirons
l’arrimage
de ta bulle à
l’abordage.
Ton retour se
précise,
les heures sont
décisives.
26 années plus loin, tu imagines le passé ?
Un tel échantillon
pour les scientifiques, que vont-ils en penser ?
Une bulle au
brouillon
depuis 26 années en
ébullition.
Tout de même,
dilemme,
que vont comprendre
les êtres vivants
dans ta bulle, là,
au-devant ?
Environ 70 000 personnes y vivent
représentatives.
Dans ma bulle, Xiris, à parité,
féminité,
masculinité,
fécondité,
dictent la trinité :
Femmes, hommes et enfants,
trois tiers bien proportionnés par nature,
des êtres de culture.
Depuis 26 ans, des milliers d’enfants
sont nés ici depuis ce temps où je suis partie.
Je n’ai en rien vieilli,
d’un pouce, d’un présent.
Certains sont morts,
leurs corps hors
du jeu, usagés.
Seul mon âge s’est figé.
Grâce à Dieu,
Laura, voyons
large !
Les réserves de rarénium immenses sur les
barges
sont là. Soyons
confiants, soyons heureux.
Notre
espérance est solaire,
Xiris, bimultipolaire,
Tu as oublié ?
A toi je me sens si lié.
De gigantesques
panneaux se déploieront dans l’air,
bimultipossolaires, c’est le terme employé.
Les panneaux capteront la lumière déployée
des étoiles, les
plus proches de ton ère.
Ma Laura,
mon aura,
tu ne tourneras plus
autour
du pourtour pour
toujours.
Sans lien,
Xiris, les bulliens
préparent et font le reste,
se parent, pas en reste.
Nous avons toutes et tous à notre portée
nos combinaisons pour, dans le temps originel, être à
nouveau projetés.
Ici tout le monde
t’attend,
Laura.
L’invention de ton
voyage au raz
de l’espace plus
long... Depuis quand ?
Je t’ai inventé un
voyage plus difficile.
Facile !
Plus qu’à
l’accoutumée,
ta mère, ton père,
mes parents, tes êtres aimés,
de ton absence en
deviennent inquiets.
Plus de quié-
tude.
Vive inquiétude.
Hors de question de dévoiler
quoi que ce soit, Xiris. Bouches-bées.
Laura tu t’es envolée
dans la nature.
Olé !
C’est ici
que Ça se dit,
dans la rue.
Bien des bul-
les se sont
échappées.
Happées,
les bulles ont quitté
le noyau du temps,
à contre- temps.
Elles divaguent dans l’espace,
passent,
personne ne comprend ce qu’il leur est arrivé,
elles en sont enviées.
Comment fais-tu,
ma Laura,
mon aura,
peux-tu ?
Je vis seule dans une bulle de temps.
Ma solitude se compose
au sein d’une île qui ose.
De belles demeures nous espacent du monde,
de quelques
dizaines de mètres.
La mer tourne autour de ce bout de monde.
Des bouts de terres s’étendent sur des kilomètres.
Interdiction de s’approcher du bord de la mer.
Au bord de la mer,
rien ne tient,
ne retient,
ni pour ralentir, ni pour s’éloigner.
Pas soignés,
les quelques-uns qui s’y
sont risqués si
près
ne sont pas prêts
d’y
revenir,
ni de nous y
retenir.
Le projet Lépinski en
tout
et pour tout
fut enterré
brutalement et au rez
des médias et des citoyens
lambda. Pas
moyen !
A titre officieux,
dans les cieux,
le Professeur et son
équipe poursuivent,
toutefois,
avec leur foi
autorisée, leurs recherches s’ensuivent.
Le Conseil du
Patrimoine Monde
réuni autour d’une
table ronde
n’a pas piqué du nez.
Le Conseil fut OK.
Toutes et tous ont
dit oui aux recherches appliquées,
sur le dépassement du
temps.
Beau est le temps.
Que veux-tu !
De toi à moi
avec ou sans émoi,
ce fût tu.
Le Professeur
Lépinski pense qu’une défaillance,
une alliance
de deux ou de
plusieurs bulliens,
fit que tu t’écartas
du noyau. Aucun lien.
Aucun ne devait se
connaître,
pour renaître,
ni de vue,
ni d’entendu.
La seule combinaison
possible
ciblait possible
des volontaires,
soi-disant inconnus,
sans aucun lien
entre-eux mis à nus.
La découverte du
rarénium rendue publique
fit tressauter la
communauté scientifique,
de par les millions
de fois la radioactivité de l’uranium
enrichi mesurée.
Des prouesses
technologiques s’y sont amarrées.
La miniaturisation a fait
le reste.
Sans conteste.
Si le vaisseau que tu
empruntas Laura était démesuré,
pour aller te
chercher, 6 ou 26 ans après,
l’invention est bien
plus inconsidérée,
ci-après,
vue la vitesse à
parcourir, à atteindre jusqu’à notre
arrivée.
Je serai du voyage
à notre avantage.
26 réacteurs
nucléaires miniatures sont rivés,
démesurés pour être
en mesure de porter
notre masse presque
au zéro pointé.
Le compteur dépassera les 300 000
kilomètres à l’heure.
Sans heurt
et dans le mille.
Puis plus rien n’apparaîtra
sur les écrans.
Aucune communication
possible, nous serons à cran.
Le vaisseau plongera dans l’infini.
Pas même la trace d’une étoile filante ni
pour être observée
de près, ni
de loin, loin de notre nid.
Le satellite Herschel
braque depuis ta disparition
son télescope avec
attention
sur l’espace
interstellaire. Rien en vue.
Vu d’ici, tu as
disparu
d’un coup, Laura, dans la nuit profonde.
Ton aura a basculé dans un autre monde.
Vu d’ici. Plus rien.
Herschel a beau chercher,
pas la moindre
résonance n’est approchée.
Des navigateurs s’en donnent à cœur joie, redondent,
se retrouvent tout autour du bout de ton monde.
Dans ta bulle, tous sont autorisés,
déguisés
en pêcheurs à naviguer jusqu’à 26 kilomètres du rien.
Depuis 6 ans, proches du vide à la visée, la gravité du
sol les maintient
en l’air
en un éclair.
Leur masse diminue
à l’approche du vide, pas de vie au menu.
Aucun navigateur,
en vue, n’est à la hauteur.
Demi-tour,
plus de tour, de
détour.
Je suis amoureuse de toi, Xiris,
6 années nous séparent.
26 années plus loin ma foi se pare
de tous nos souvenirs. Notre début de vie me hisse.
A la puissance n, nos
6 ans nous rassembleront
ma Laura,
mon aura.
Vers l’ensemble nous
irons.
Nous nous accrocherons au temps d’avant,
d’avant la fuite
subite
de ton temps.
Xiris, je ne veux plus être la seule à ne plus vieillir.
Je ne veux plus être la seule à m’attendrir
lorsque j’éveille
quelques soupçons…
Laura, j’éveille moi
aussi toutes les interrogations.
A nouveau ta lumière
éclatante ma Laura,
mon aura,
la couleur du vert de tes yeux, transparente me
transpercera,
m’habitera.
Ta bulle en bute
traversera enfin le cœur, le noyau, l’univer[s]-
sel espace où nos
cœurs versent
au même rythme,
tout un hymne.
Professeur, l’élan du cœur s’hymne.
En vers ?.
ô Laura
ma Laura,
mon aura,
tu t’abulleras.
Au raz, tu sauras,
sentiras,
dis Laura,
Ça
recommencera ?
Oui, Xiris, ma lumière,
te rejoindra.
*
Jean-Luc Benguigui