
Depuis
ce jour
/ petit texte
Depuis ce jour, Max téléphone à son
opératrice électronique.
Depuis ce jour, Max héberge, de
quatorze en quatorze jours, la voix d’Emma chez son opérateur téléphonique. Et
ses nuits recouvrent ses jours entiers.
Depuis ce jour, Max est accroché à son
combiné, du matin au soir et du soir au matin, et tic ! Il réentend tard
dans ses nuits le message d’Emma, jamais stocké plus de quatorze jours :
« mon amour, rappelle-moi ». L’opérateur ne juge pas utile de
conserver les messages plus de quatorze jours, et toc ! Max prend l’option
« nouvelle sauvegarde pour quatorze jours ». La voix d’Emma s’éclipse
avant de revenir, dans la minute qui suit. Quatorze nouveaux jours, quatorze
nouvelles nuits, tout va bien.
Depuis ce jour, Max réitère ses appels
téléphoniques, tard dans ses nuits. Et après la voix d’Emma enregistrée
« mon amour, rappelle-moi », la voix synthétique de l’opératrice,
toujours à l’identique, le délaisse sans voix, seul accroché à son combiné. Cette
voix sans appel qui inlassable lui dit : « vous n’avez plus de
message ».
Depuis ce jour, Max réitère et réitère
ses appels téléphoniques à son opératrice, juste pour entendre Emma, réentendre
sa voix, 1, 2, 3, c’est reparti ! « mon amour, rappelle-moi ».
Combien d’heures, de jours, de nuits, toutes ces heures patraques, où Max à
l’affût de l’horloge, recouvert de passion, vraie, authentique, s’apprête pour
la nième fois à réentendre Emma ?
Depuis ce jour, Max réitère et réitère
et réitère ses appels téléphoniques, en vain et sans appel. Et sa Raison tente
à vau-l’eau de recouvrir sa Passion trop humaine. Max ne veut pas raccrocher.
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2001