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Je fuis le déclinisme / texte

 

 

 

 

         J’imagine parfois entendre le flot continu d’une conversation qui décline les malheurs du monde, ou plutôt chacune et chacun avec « ses » malheurs dans le monde… Entre moi et moi, la conversation s’anime de plus belle, moi qui combat à ma mesure, pour ne pas dire bien petitement, le déclinisme ambiant. Non, je n’entends pas des voix. C’est juste mon esprit curieux que je laisse bien volontiers vaquer à ses occupations. Il en revient inquiet, m’invite à intensifier le combat, en premier lieu celui des mots à décliner contre le déclinisme. Je suis un déclinologue du contre-déclinisme.

         Je me doutais bien qu’à décliner je trouverais dans le dictionnaire des mots du genre refuser, rejeter, baisser, diminuer, tomber, décroître, affaiblir, pas encore le mot déclinisme, tout au moins dans la version de novembre 1993, pour ce qui concerne mon petit Robert. Il va falloir que je le réactualise. Que voulez-vous ! Ce dictionnaire a une valeur sentimentale, depuis le temps qu’il m’accompagne.

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Vous ne vous doutiez pas pour les mots refuser, rejeter, et pour affaiblir ?

Tout bien considéré, combien de fois ai-je observé une relation de cause à effet entre le fait de refuser, de rejeter, de râler contre tout, autant dire contre rien, à tort et à travers, et le fait de tomber dans l’excès du déclinisme ambiant, de là à s’affaiblir, il n’y a qu’un pas.

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Vous auriez rajouté excessif quelque part dans la définition ?

Oui, d’ailleurs, j’ai lu ou entendu quelque part une expression que j’ai fait mienne « tout ce qui est excessif est insignifiant ». J’ai appris à vivre avec le temps sans excessif. Lorsque l’excessif prend le dessus, c’est le déclin assuré !

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Quel mots avez-vous trouvés à l’encontre du déclinisme ?

C’est difficile… Peut-être est-ce d’abord de volonté qu’il s’agit, d’une conviction forgée avec le temps. Que de gens différents parmi mes amis, ceux qui ne le sont pas, portent cette part de volonté, cette conviction ! Combien savent qu’il s’agit de combattre quoi qu’il advienne ! La vie est un combat, d’abord contre soi-même. « Profites ! », me dit ma sœur. Elle a raison. En réponse au déclinisme, je profite de la vie, de l’amour, des proches, des bons restaurants parfois en tête-à-tête, des voyages, des livres, de la musique, de la peinture, de la sculpture , des arts vivants, du soleil et des étoiles. J’apprends à mes enfants à profiter de la vie, à apprécier le présent, les questions d’avenir, l’assurance de l’Histoire, la découverte et les rencontres que je démultiplie. Nous sommes allés prier dans quelques cathédrales et synagogues et autres endroits du monde où la part de sacré est plus présente qu’à l’accoutumée. Une voûte très haute, une sensation d’immensité jusqu’à nous sentir tout petits, le silence assuré, l’approche d’une communion.

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Que dîtes-vous du mot positif ?

Je n’aime pas beaucoup le mot positif, aujourd’hui j’entends ici ou là le mot positivité, je connais peu et je me tiens en dehors de ce mouvement, loin de toute doctrine. Je n’aime pas le mot positif et encore moins depuis que j’ai vu placardées partout en France des affiches vantant les mérites d’une grande marque de supermarché avec l’expression « je positive » déclinée à toutes les sauces de la publicité.

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Et l’idéalisme ?

C’est une évidence, mais avec réalisme, pour ne pas tomber dans l’idéologie. Je me retrouve en celles et en ceux qui affrontent la réalité en lieu et place et pour l’intérêt du plus grand nombre, autant dire pour le rêve d’une vie toujours meilleure pour notre bref passage dans l’humanité, même si ce sont des grands mots et si ma mère m’a toujours dit de me méfier avant d’écrire des grands mots, de ne pas les mettre en avant à l’emporte pièce ! Je sais aujourd’hui que c’est par le travail que les choses avancent, se bâtissent, se fortifient. Le travail continu toute une vie durant, quelque soit le domaine.

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Votre mère vous a conseillé de préférer les questions aux réponses toutes faites ?

Oui. Et mon esprit humain est bien étroit au regard des questions que je me pose…

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Votre amie Ophélie admire votre optimisme…

Mon amie Ophélie ne comprend pas que je n’aime pas le mot optimisme. Sa représentation du mot est trop béatement liée à l’idée de toujours prendre les chose du bon côté. Et puis j’ai aussi retenu de je ne sais plus qui, qu’ « il n’y a que les imbéciles qui se disent optimistes ou pessimistes ». J’ai aimé la formule. Je réponds lorsque Ophélie ou un ami me parle de mon optimisme : « Arrêtez de me prendre pour un imbécile, pas vous ! » Pour revenir au mot positif, je sais aussi l’avoir utilisé dans un autre contexte lors de mon approche des sciences physiques.

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Avez-vous  manipulé des ions positifs, des positons ?

Oui, et j’ai appris que le positif attire le négatif et vice-versa. Mon petit Robert relève pour positif les mots constructif, effectif, sûr, évident, à l’encontre de l’imprécis, du vague, de l’abstrait et de l’imaginaire ! Nous sommes loin des sciences de la matière…

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Les définitions sont bien incomplètes et hors de bien des contextes…

Me direz-vous que vient faire l’imaginaire dans le négatif ? L’imaginaire est constructif, tendu vers l’avenir et l’imprécis pour ce qui nous caractérise. Permettez moi d’être étonné par cette définition. J’en sais gré à mon amie Catherine que vous connaissez de m’avoir appris à accepter l’imprécision, histoire de vivre en toute circonstance, ou presque, surtout de faire preuve d’imagination pour sortir d’une situation de vie, rebondir sur une autre dans la complexité. Décidément le mot positif ne me sied pas du tout.

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Quels mots pourraient contrer le déclinisme ?

Je n’en trouve pas, du moins pas dans le temporel. Je ne pense qu’à la joie. Mais attention, la joie est subjective, trop souvent incomprise.

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D’où provient donc la joie ?

Vous le savez bien… Vous et ma mère me pardonneront, je dois ici mélanger le temporel et le spirituel pour parler de la joie, de cette sensation de mouvement dans la contemplation, de cette certitude d’une force intérieure bien plus forte que soi, de cette voix qui nous dit : « Suis ton destin ! »

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C’est vite dit…

Comment expliquer autrement, la joie qui nous anime, le matin au réveil, la journée au labeur, le soir lorsque enfin le temps échappe à toutes nos affaires pressantes du jour ? La joie évite la tension, relève d’autre chose, d’une quête qui nous grandit, nous permet cette hauteur que nous avons, pour certains, appris à savamment orchestrer dans l’enfance.

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Votre joie est spirituelle ?

Vous me provoquez… Il y a belle lurette que j’ai confié le soin à ma vie spirituelle d’être maître de mon état d’esprit, autant dire de mon âme.

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Votre âme ne vous contredira pas !

L’âme, l’esprit, je ne sais le bon mot. La joie contient le caractère, ou est-ce le caractère qui contient la joie ? Je sais surtout l’obligation sans faille de bien me maîtriser quelles que soient mes passions, mes travers supposés, du moins devant les autres. J’ai lu et entendu bien des idées-reçues, des hommes, des femmes se persuadant être habités par des démons, certains disant porter en eux le mal ! Bla-bla-bla ! Rajoutez l’emprise de l’alcool et le « je n’étais pas moi »… Foutaise ! Avant la joie, il y a ce précepte vieux comme le monde, « tu ne feras pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse ».

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… Artefact pour expliquer l’inexplicable.

Le déclinisme est le début de la fin. Je le relie à l’égoïsme, au chacun pour soi. La télévision a accéléré ce type de représentation. Cinq chaînes ou cent cinquante avec le satellite, cela ne change rien. Les informations regorgent du malheur des autres, j’allais dire du déclin, notre émotion face au déclin, notre passivité attendrie, dans la facilité, voilà de vrais slogans que nous devrions placarder en ville, à la campagne, sur le petit écran. Quelles raisons d’espérer un avenir meilleur dans la passivité ?

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Positif, négatif, optimiste, pessimiste, actif, passif, … d’aucuns des mots ne vous conviennent ?

Il est difficile de combattre un mot sans s’assurer de la force de mots allant à sens inverse. Gardons les noms et les verbes idéaliste, apprécier, réalisme, actif, profiter sans être excessif, notre volonté contre le déclinisme et nos solides convictions. Nous recherchons le sens, pluriel à l’évidence. Je me permettrai de rajouter le verbe fructifier, dicté par un ami . Et bien sûr l’espérance qui est notre joie de vivre, au présent.

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6 juin 2006.

 

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