
Mémé / texte
Je me souviens de la
mort de Pépé, j’avais 18 ans. Et je voudrais ici te témoigner au nom de tes
petits enfants, toute la peine de ne te savoir plus là.
Je me souviens de
toi, dans la DS conduite par Papa, sur la route de Revel, où tu ponctuais tes
phrases de « grâce à Dieu ».
Je t’ai toujours su croyante, et vrais tes « grâce à Dieu »,
au-delà de cette immense déchirure d’avoir dû quitter l’Algérie, Frenda
précisément. Je sais, Papa, ton fils, nous répète depuis que nous sommes nés que
Frenda est le centre du monde, histoire de ne surtout pas oublier. Les Guigui,
les fils de Guigui, que je crois savoir juifs séfarades d’origine berbère,
peut-être immigrés de Palestine. Et très humblement, je suis fier de porter ce
nom-là, et que mes enfants le portent aussi.
Madame Anna
Benguigui, je veux ici te dire tout notre amour, notre tristesse.
Je me souviens de tes
couscous, des boulettes de viandes comme jamais, oh grand jamais, nous n’avons
retrouvées, l’anisette accompagnée des graines de lupins que tu nous préparais,
ma sœur Claude citerait les mekrouds dont elle raffolait. Ma mère a retenu la
recette, celle-ci et celle des gâteaux au sésame pour l’apéritif. J’ai aussi
transmis la recette, un bout de ta mémoire, à mes enfants.
Je me souviens de
l’agilité de tes doigts sur le piano du salon, à Toulouse, avenue de Lavaur. De
ton petit magasin d’habits pour enfants qui côtoyait la boucherie de Pépé Jules
et d’Hubert où je participais à la fabrication des merguez avec Pépé. Des deux
carafes sauvées de Frenda que tu as offertes à Papa et nos enfants savent leur
origine, comme le plat en olivier pour rouler la semoule. De ton goût pour la
lecture, et l’eau fraîche. J’ai gardé de toi cette manie, cette envie de ne
boire l’eau que glaçée, un reste sans doute inconscient de cette autre rive de
la Méditerranée.
Je déteste la mort.
Et j’espère de tout
cœur que tu rencontreras Yahvé, là-haut, dans les étoiles, toi qui a dit un
jour à Ktou ma jumelle « toi, tu as la bonne étoile ».
Mon Dieu, qu’on t’a
aimée et qu’on t’aime, Mémé.
Et que Pépé t’a
attendue,
Papa, Paul, toutes
nos condoléances et s’il vous plait, racontez-nous encore mille et un
souvenirs, avec vous, avec Mémé, avec Pépé, pour ne surtout pas oublier,
au-delà des sentiments qui dureront, longtemps.
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