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Pékin . Beijing / carnet de voyage

 

 

 

 

19 mars 2002

 

         Je ne sais rien de la Chine. Pékin, non, Beijing. Douze millions d’habitants. L’aéroport, l’attente des bagages, un guide à l’arrivée. Je me remémore mes quelques mots d’anglais. Des signes ne trompent pas. D’immenses signes saisissent mon regard. Des lettres démesurées inscrites sur des panneaux publicitaires. Et les premiers buildings. Des routes toutes en béton, armées de ferrailles qui dépassent. La ville est en chantier. Vingt kilomètres en minibus, et c’est déjà ailleurs. Taxis rouges, embouteillages, et multi-voies. Il y a déjà plusieurs Chine(s), celle des buildings, celle des baraquements tout délabrés. Contraste.

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         L’hôtel est confortable. Je réentends les premiers mots du guide, à l’approche du centre. Canard laqué ici, restaurants coréens par là, chiens en spécialité. Passeports, clefs magnétiques, ne surtout pas boire d’eau, sept heures de décalage horaire. Ce sont nos premiers pas dans la ville à midi. Il y a des câbles partout, des câbles qui dépassent, des transformateurs de courant électrique presque à même le sol. Première petite rue, juste derrière les buildings. Contrastes et pauvreté, rue Dazhalan. Klaxons, vélos, sonnettes, et entrées des maisons détournées, contre les biens mauvais esprits qui pourraient s’y immiscer. Les mauvais esprits rejoindront d’autres propos de guides, d’autres conversations, plus tard.

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         Deux hommes jouent avec des pions en bois sur un damier tracé au dessus d’un carton, l’odeur d’un magasin de thé, les couleurs rouge, or, omniprésentes ici, ailleurs, sur des robes, des tissus, sur les panneaux publicitaires qui envahissent la ville. Direction place Tian Anmen. Impossible de traverser. Cinq, six, dix voies pour les vélos, les bus et les automobiles. Passage souterrain. Un garde est posté là, un autre un peu plus loin. Brouhaha des vélos régis par des feux tout exprès. La place est découverte. Une file ininterrompue entre en ordre dans le monument mémorial à la gloire de Mao. Deux par deux,  presque au pas,  des Chinoises et des Chinois gravissent l’escalier. La place est grande, immense, toute recouverte de dalles grises. Il n’y a pas un papier, un mégot. Il y a la foule autour du monument érigé pour les « héros du peuple ». Et puis des policiers, des militaires, des caméras partout, sans discrétion aucune, tout le long de la place, entre la porte Qianmen et la Cité interdite, quelques hectares plus loin. Le guide sur le papier précise l’architecture de Staline, des experts venus de l’ex-URSS, le temps de la construction dans les années soixante des bâtiments qui longent la place Tian Anmen.

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         Premiers pas à l’approche de la Cité interdite. Et déjà les tuiles si particulières attirent le regard, toutes en rondeur, couvertes de céramique, les murs en rouge pourpre, la propreté du sol, partout, et celles et ceux qui accourent munis de pelles, de balais, dès qu’un mégot s’ose au sol s’écraser.

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         Taxi rouge, retour, embouteillages. J’apprécie l’eau chaude qui coule dans l’hôtel. Pause, avant de ressortir.

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         Le geste est adroit, travaillé puis répété. Le canard laqué semble une institution, au vu de l’adresse du découpeur. Le goût est délicat, les papilles en émoi. C'est pour sûr une spécialité. Et un à un, les canards sont découpés au bord des tables du restaurant. Bouts de conversations attrapés ça et là, dans les propos d’une amie installée à Beijing depuis quelques années. Le dogme de l’enfant l’unique a induit des ravages. J’insiste quant à l’explication que je peine à entendre. Et pourtant ai-je bien entendu ? Combien de filles mortes-nées, d’autres non déclarées ? « Couic », l’amie reprend le geste du découpeur de canards laqués pour grossir le propos. Vingt-et-une heures. Il est déjà bien tard. Taxi rouge, retour dans le hall de l’hôtel.

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         Première journée, premiers regards, sus, entendus. J’apprécie un café expresso hors de prix à Beijing, la gentillesse omniprésente dans le hall de l’hôtel.

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         Je zappe une trentaine de chaînes sur l’écran cathodique avant de m’endormir. Je dormirai bien peu, les décalages obligent.

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20 mars 2002

 

         Endormi au petit matin et réveil en sursaut. C’est déjà l’heure d’une excursion vers la grande muraille. Cent-vingt kilomètres à l’en-dehors de Beijing : re-buildings, multi-voies et gros embouteillages au sortir de la ville. Premier, deuxième, troisième périphériques. La terre est bien aride. Il y a maints détritus en matière plastique, par endroits. Plus le temps passe, plus le nord se découvre, plus l’air ambiant vire à une couleur jaunâtre. Je n’ose l’explication, mise dans un premier temps sur le compte de la fatigue, des décalages, avant que ne vienne le dire d’un guide tibétain. La neige n’est pas tombée cet hiver tout au nord de la Chine. Le sable de Mongolie, du désert de Gobi, a envahi l’espace. Des microparticules de sable jaune sont suspendues dans l’air. Etranges sensations, vues, odeurs. Les premiers arbres en fleurs contrastent avec le jaune : magnolias, cerisiers, pêchers, des fleurs blanches, roses, entachent la terre beige et le jaune du ciel. Quelques pointes de vert, ça et là, attirent mon regard. Le vert est rare, ici.

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         Arrêt dans une fabrique. Des femmes sont penchées sur des ouvrages avec patience et minutie. Des vases se fabriquent à partir de laiton, peut-être est-ce du cuivre. Des paysages, des visages sont reproduits, des pigments de couleurs sont apposés entre des cloisons de laiton qui figurent les images. Des pigments se rajoutent. Des hommes polissent le tout. Les cloisonnés se vendent. Impression d’être hors du temps, à des générations des buildings de Beijing.

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         D’autres panneaux publicitaires tout aussi démesurés sont plantés au bord de la route. Le sillage est touristique. Retour en minibus. La route découvre d’autres contrastes. La construction d’une autoroute, le labeur d’une dizaine de paysans à même la terre qu’ils labourent. La plaine est dépassée, l’altitude s’annonce, la brume rejoint le jaunâtre de l’air. La brume est bien épaisse et nous ne verrons pas la muraille de Chine à en perdre la vue, sur la crête de la montagne qui occupe tout l’espace, à présent. Nouveau contraste. Objets artisanaux et téléphérique construit puis installé pour joindre la géante muraille.

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         Le guide tibétain retrace à grands traits l’histoire de ces pierres, ces briques. Il fallut plusieurs siècles pour ériger cette muraille de six-mille-cinq-cents kilomètres pour protéger les dynasties qui se sont succédées, des invasions barbares. Combien d’épreuves, de morts ? Combien de sacrifices ? Le site est touristique et des regards de femmes, d’hommes s’accrochent à nos yuans. Malaise. Le guide nous indique la légende de la muraille observée de la lune ! Frontière indélébile. Nous gravissons quelques pas avant de redescendre dans la cabine du téléphérique. D'autres assauts s’accrochent à nos yuans. J’emporterai une couverture noire et pourpre de l’endroit, négociée à l’abord des parkings où les bus se succèdent.

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         Demi-tour vers Beijing, l’excursion se poursuit. Nous nous arrêterons admirer l’un des tombeaux des Ming, ici-même où reposent des empereurs et des impératrices. J’apprendrai leurs repos tout enfouis sous les collines aux alentours. Le guide tibétain nous livre quelques bribes de ce parcours initiatique, « Shendao », la route de l’Esprit. Une porte en marbre blanc marque l’entrée d’un tombeau ouvert au public dans les années soixante. Nous ne verrons rien des chambres souterraines, juste quelques objets fouillés ici ou là et apposés dans des vitrines. Le temple choisi est tout de bois construit. Des colonnes géantes soutiennent le bâti. Le lieu est raffiné, embelli par des plafonds hauts, et peints. Une voie sacrée à l’approche découvre des animaux, tous statufiés. La voie est courbe, pour écarter les mauvais esprits présents dans les propos du guide. Tout se mélange après : confucianisme, taoïsme, bouddhisme. Le guide ne tranche pas dans la complexité, tout repose dans ses dires sur cette idée de vie, vécue après la mort. C’est ainsi que victuailles, plats, couverts, bijoux, lingots d’or ont été enterrés avec les empereurs et les impératrices. Les forces de l’Esprit.

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         Un peu plus loin, des mandarins civils et militaires sont reproduits et taillés dans la pierre. J’apprends que le dragon reprend d’autres animaux : la crevette, l’âne, le lion, le cheval, le bœuf, l’animal de l’empereur. C’est   une   version première, bien dédite par la suite. Le phénix s’envole lui pour les impératrices. Les chameaux ont ouvert eux les routes de la soie. Et pour l’anecdote, nombre d’oiseaux accompagnent des Chinois, en lieu et place des chiens taxés par le gouvernement pour limiter leur nombre. Une loi impose leur sortie dans la rue avant sept heures le matin, ou après dix-neuf heures. Ce sont des coréens qui en cuisinent la chair, les Chinois, non, encore une légende, une autre idée reçue, à part certains dans la région et à Canton qui avalent chiens, serpents, scorpions grillés.

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21 mars 2002

 

         Le jour à peine se lève sur Beijing. Des balais s’empressent dans les rues recouvertes d’une fine pellicule de sable. L’air ambiant est poussière. Nombre de Chinois ont recouvert d’un masque leurs visages ce matin. Des milliers de vélos sillonnent la ville à l’aube. Beaucoup d’enfants revêtus de survêtements uniformes franchissent les portes des écoles. Il est déjà sept heures. Des adultes pratiquent une sorte de gymnastique, à d’autres points de rues. Mouvements lents, beaux, appris puis répétés. Des bus bondés klaxonnent au milieu des vélos, la brume a disparu. Je reviens dans le hall de l’hôtel apprécier un café. Des touristes s’agitent pour d’autres excursions. Il est bientôt huit heures, la vie, le jour, ont déjà bien avancé. Les langues se mélangent. Un brouhaha indicible couvre les bruits ambiants.

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22 mars 2002

 

         La Cité interdite. L’immensité du lieu, des lieux devrais-je écrire. La cité impériale s’étire de long en large, un kilomètre carré, une des seules cités encore debout ce jour, construite au XVe siècle. J’ai lu le labeur fou, deux cent mille artisans enfermés et empressés durant quatorze années, pour bâtir ce chef d’œuvre. L’architecture de bois, de pierre, incendiée au XVIIe siècle par des marchands puis reconstruite au XVIIIe force l’admiration, toute de pourpre, d’or et de toits vernissés. Le vent soulève le sable jaune tombé l’avant-veille, venu de Mongolie. Etrange sensation.

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         Neuf mille pièces composent un labyrinthe de portes, de cours, de bambous arrosés tous tournés vers le ciel. Ce sont les toits, je crois, qui saisissent le regard, à la première vue. Leurs formes toutes ondulées, tenues par des dragons. Le bois des poutres peintes défie la pesanteur tant le tout est tenu par l’invention d’alors des architectes chinois. Les mots manquent à ravir les touristes ébahis par tant d’exactitude, de symétrie voulue. Et ça n’en finit pas, plusieurs heures au devant de la découverte du site presque indéfinissable. Le tout est bien caché derrière de hautes murailles qui entourent la cité. Vaste impression s’ensuit. L’édifice surprend, attise les regards, supplante la raison, tant le raffinement du bois, des pierres jusqu’au dalles du sol semble ainsi se tenir, et fait fi de l’effort des artisans bâtisseurs de cette merveille du monde. L’Histoire est moins poignante, le malaise est bien là, sachant des vies entières sacrifiées en ce lieu, les eunuques meurtris, des concubines assujetties aux volontés des empereurs qui ici se sont succédés. Soixante dix hectares plantés tout au cœur de Beijing contiennent des souffrances, toutes au-delà du beau.

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         Taxi rouge et retour vers le canard laqué tant apprécié la veille avant de découvrir la rue des librairies, des papiers fabriqués, des livres de pages blanches achetés à la hâte, tant la matière a attisé mon envie d’écrire sur leurs pages.

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         Beaucoup d’antiquités sont déposées sur des étals remplis d’objets de toutes  les  sortes. J’emporterai bien sûr des livres non écrits, une boite en argent recouverte en partie de céramique verte et blanche qui pourra je le sais accueillir des bijoux. Ici, point de touristes, les objets usagés n’attirent pas le visiteur lambda, et c’est tant mieux car l’endroit se préserve, c’est bien le vieux Beijing non encore détruit. Il y a dans la rue, les maisons tout le long, une âme à mille lieues des buildings qui impressionnent.

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         Le soir, nous dînerons à l’autre bout de la ville, nous aurons traversé de grandes avenues, toutes bâties de buildings, imposants par leurs formes. Ici l’architecture s'est éprise d’un futur immédiat, constitué de verre et de béton recouvert de matière qui de loin s’apparente à de la pierre actuelle.

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         Rencontre-conférence avec un professeur d’université à Beijing et le correspondant du « Monde ». Soirée très instructive. Je suis séduit par les propos limpides du journaliste du « Monde ». Qu’en retiens-je en l’instant ? Il y a d’abord l’avant, l’avant des années quatre-vingt : les emplois « à vie », la gratuité des services sociaux, tous figures des entreprises d’Etat. Il y a ensuite l’après, les vingt dernières années. L’éclatement des « protections » sociales, l’épargne des Chinois qui monte, monte, jusqu’à perfuser les entreprises d’Etat, par banques interposées. Le journaliste insiste. Qui donc dans l’avenir garantira les retraites chinoises tant méritées ? Les « bols de riz en fer » deviendront-ils du plâtre ? Le discours se poursuit. Se méfier des chiffres, de prime abord. Au-delà d’un endettement de quinze pour cent en apparence, ce sont les banques qui cachent la plus grande part des dettes. A l’entendu, multiplions par quatre, soixante pour cent d’endettement, celui de chacun cumulé à celui des banques, toutes d’Etat, ou presque. C’est du « syndrome de l’artichaut » dont il s'agit, tant la propriété est loin des intérêts privés. Et il y a des victimes, d’abord des paysans qui ne possèdent rien, ou presque, en tout cas pas la terre qui reste étatisée. Ici ou là déjà quelques révoltes grondent. Les banques étant d’Etat, le prêt n’est pas privé. L’Occident se méprend, car ce n’est pas la liberté, l'égalité, la fraternité qui ici insufflent l'avenir. Il s'agit plutôt de conserver les protections en place, des uns envers les autres. Et si la répression fait place à l’autoritarisme, le régime bien en place sert en premier lieu les intérêts des classes que nous dirions moyennes, avec nos sens bien loin de la réalité de la Chine. Et de surcroît ces classes que nous dirions moyennes défendent donc bien âprement le régime in situ. Il sert leurs intérêts. La nature est du côté des intérêts, particuliers s’entendent, le journaliste insiste, et quelque soit le point où se situe le monde. La discussion s'ensuit.

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         J’aborde timidement la question si étrangère des enfants dit uniques. Y-a-t-il des « couic » comme entendu quelques pages en arrière ? Le professeur de l’université de Beijing évite la question. Je sens le propos bien mal à l’aise dans la soirée. Et le propos esquive. A l’entendu, ce sont les psychologues les mieux lotis, de par les gâteries dispensées en l’instant à tous ces enfants uniques, tous par obligation. La réalité bien sûr est toujours plus complexe. Beaucoup de filles n’ont pas été déclarées à l’administration, surtout dans les campagnes. Beaucoup de familles ont suppléé aux manques d’affection des enfants dit uniques et légitimes par la présence de chiens ! Fichtre ! La question amène d’autres interrogations. Mao au dire a suscité l’égalité des femmes, des hommes, au diapason. Et ces jours voient comme un retour arrière. « Les femmes à la maison » apparaissent dans des propos d'hommes, la peur du non-emploi supplante la raison. La discussion s’anime. Beaucoup de mères, de pères misent leurs vies en décalé, misent tout sur leurs enfants chéris. Prenez l'exemple des études, les sacrifices consentis par bien des parents pour permettre à leurs enfants de rejoindre les universités, pour beaucoup à l'étranger. Des  années de travail pour qu'un jour puissent s'épanouir bien des générations futures.

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         J'ose ensuite une question qui de prime abord n'a rien à voir ce soir : qui sont donc ces dragons présents partout au figuré ? Rien à voir avec la crevette, l'âne, le lion, le cheval ou le bœuf. Eux ont été assemblés, certes, mais ce sont des chimères. Le dragon est à l'origine le Dieu de l'eau, des mers, sa figure s'apparente plus au crocodile qu'aux animaux cités il y a juste quelques lignes. Allez donc y comprendre pour un européen. Et qu'est-ce donc qu'une chimère, par ailleurs ?

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23 mars 2002

 

         Le parc est immense, bien quatre fois la surface de la Cité interdite. Le parc boisé du temple du ciel est à coup sûr l'un des endroits à découvrir de Beijing. Tout au sud de la ville, sa réputation est d'être en liaison directe avec le ciel. La perfection est de mise dans les édifices construits ici pour incarner le ciel.

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         Au sud de Beijing, le temple de la prière est animé sur une vaste terrasse de quelques milliers de mètres carrés. Le temple tout en rond de quarante mètres de hauteur sur 30 mètres de large est soutenu par des piliers tous peints avec finesse et composés  de bois  massif.  

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         Si  une échelle de la beauté pouvait exister, nous serions tout en haut. Beau, magnifique, extraordinaire. Les adjectifs manquent à l'appel pour décrire le lieu. Je regrette à l'évidence de n'avoir observé la voûte impériale du ciel qu'à distance,  les touristes  étant priés de  rester à  l'extérieur du temple. Mais quelle vue splendide ! L'esprit peine à comprendre l'équilibre des matières assemblées les unes aux autres, sans clou aucun. Alentours la pierre éprend le visiteur d'une sérénité certaine. Je garderai ce souvenir, une perle de Beijing à apprécier dès l'aube, lorsque la foule n'a pas encore envahi tout l'espace.

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24 mars 2002

 

         Huit heures. Dans le hall de l'hôtel, tout recouvert de marbre, blanc, beige, marron et vert foncé. Brouhaha du matin où des langues se mélangent, locales et étrangères. Parfois l'audible prend le dessus, un court instant. Il y a des mots en mouvement. Des touristes pressés, d'autres départs en excursion, pas encore d'arrivées. Il y a des mots bien assis dans des fauteuils d'osier. D'autres silences rejoignent la foule clairsemée, le hall de l'hôtel est vaste, bien étiré et porté par des piliers de marbre. Je pense aux caméras, par centaines et visibles à l'œil nu. Dans les couloirs, dans l'ascenseur, aux carrefours et sous les toits. Et n'en déplaise au professeur d'université rencontré l'autre soir avec le journaliste du « Monde ». L'Etat est policé, pour sûr. Les caméras enregistrent-elles les allées et venues des touristes pressés ? Je ne sais quels regards épient ainsi en tous ces points de vues. Il y a des gardes aussi, un peu partout et apparents. Devant l'hôtel l'un d'entre eux note les numéros des plaques d'immatriculation des taxis rouges venus prendre ou déposer des touristes de Beijing. Je cherche l'explication. L'Etat est policé. Questionnaire à remplir pour l'envoi de courriers vers l'Europe lointaine. Ces lettres parviendront-elles, en l'état ?

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         Je reviens dans le parc du temple du ciel et je revois et réentends des Chinois s'étirer  seuls  ou en groupe dans les multiples clairières.  

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         Beaucoup  usent d'épées, peut-être sont-ce des sabres. Les mouvements sont lents, harmonieux. Beaucoup d'anciens jouent ensemble à loisirs : jeux de raquettes, jeux de cartes, de  boules   et sourires  à l'appui. Une mini-cité regroupe des chorales portées par le vent qui s'engouffre par les portes, entre les nombreux  murs,  tout  aussi pourpres ici et recouverts de tuiles en céramique bleue. L'Asie est bien joueuse.

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         Le marché de la soie, quartier des ambassades. La douceur du cachemire, de la soie de Beijing. L'anecdote du crocodile, contrefaçon de Sieur Lacoste. Toutes les grandes marques se côtoient de boutiques en boutiques. J'« espante » le vendeur en mettant face à face la contrefaçon

et le crocodile, le vrai, celui cousu sur le gilet que je porte ce matin. Sourires garantis. Mon fils sera ravi, lui aime les crocodiles accrochés aux polos, et qu'importe la façon.

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         Le temple des Lamas. Ici aussi mélanges de confucianisme et de bouddhisme tibétain. D'autres chimères trônent dans les cours du grand temple. D'autres tuiles vernissées jaunes et vertes composent d'autres toits courbés jusqu'à défier l'architecture du lieu. Le pavillon des « Dix mille Bonheurs » abrite une statue géante d'un Bouddha sculpté dans un seul et unique tronc de santal blanc haut de vingt six mètres. Le diamètre est de huit mètres ! L'impression est divine, enfin, façon d'écrire. Je me méfie des sectes, avec ou sans Bouddha. Des papiers imprimés par milliers disposés dans des bibliothèques sont tous empaquetés dans des tissus de couleurs pourpre et or. Des centaines de touristes ôtent toute idée de recueillement  en ce temple tout « odoré » d'encens disposé ça et là. Pourtant, beaucoup de visiteurs s'agenouillent prostrés devant les Bouddhas plus nombreux que les salles qui composent le temple, et prient au milieu des touristes qui se bousculent de portes en portes et d'allées en allées.

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         Le Palais d'été, plus tard l'après-midi, est accroché à une colline qui plonge dans un  lac à une heure de l'hôtel Qianmem via un autre taxi. Le lac s'étend sur quelques hectares balayés par un vent fort cet après-midi là.

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         Nous gravissons des marches jusqu'au sommet de la colline où le palais domine.     Pourpre des murs, tuiles vernissées, je retrouve l'architecture plusieurs fois énoncée quelques pages en arrière. Le singulier du site retient un corridor construit le long du lac dont les poutres du toit recèlent bien des scènes de vies, colorées à l'envi. Tout au bout du corridor, toujours au bord du lac, un bateau tout en marbre blanc et incrusté de bleu n'a jamais navigué.

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         Les taxis rouges attendent les retours à la sortie du site.

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         Nous finirons le soir toujours perchés mais en un autre lieu, d'où toute l'immensité de la Cité interdite s'aperçoit par les toits qui n'en finissent pas.

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         Sur Beijing, les derniers instants du soleil offrent une lumière orange. Des dizaines de Chinois « choralent » tous en cœur, le son monte au sommet. J'emporterai l'image, l'une des dernières images de notre séjour à Beijing, celle de Chinois qui jouent à maintenir dans l'air, chacun avec ses pieds, un bout de bois devenu bien léger car accroché à des plumes d'oiseaux multicolores. J'apprends un nouveau dogme professé en son temps par Mao qui eût l'idée d'empêcher les oiseaux de rejoindre le sol, en enjoignant les paysans de leur jeter des pierres, pour éviter qu'ils ne picorent les récoltes chinoises. Quelle fût donc cette idée, cet holocauste d'oiseaux, bien vite abandonnée tant les insectes ont proliféré et ont dévoré à leur tour bien des récoltes issues de labeurs incessants ? Combien d'oiseaux sont morts, d'épuisement s'entend ?

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25 mars 2002

 

         Je ne sais rien de la Chine, Pékin, non, Beijing. Douze millions d'habitants. L'aéroport dans quelques heures, re-décalage horaire. Combien de sourires, reçus ce dernier jour ? Beijing est accueillante. Pour sûr garderai-je en l'esprit ces bribes et puis bien d'autres que je n'écrirai pas. C'est sûr je reviendrai, goûter la Chine un jour, d'autres régions, d'autres instants de vies me nourriront encore. Oh, oui !

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         Il y a beaucoup d'agitations dans le hall de l'hôtel, des bagages et des bus. L'air est doux ce matin. Dix sept degrés Celsius. Au petit déjeuner, du canard laqué froid accompagne les œufs brouillés, les toasts et tous les mets disposés en ellipse pour les touristes pressés. Des cerfs-volants sont suspendus au-dessus des fauteuils confortables dans le hall de l'hôtel. J'ai lu l'origine ici-bas du cerf-volant de Chine. Un vieil homme jouait avec un vieux chapeau un jour de grand vent. Peut-être n'est-ce qu'une légende. Le personnel s'agite et les touristes attendent. Brouhaha du matin plus qu'à l'accoutumée, le jour des grands départs avant d'autres arrivées. Il y a de la fatigue, du stress d'avions à prendre, ou encore des valises sur des chariots qui roulent. Combien de souvenirs voyageront en soute, de cerfs-volants chinois, de robes pourpres ou bleues, de cloisonnés recouverts d'or, par endroits et par électrolyse ?

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         Dans une pharmacie de la rue Dazhalan, je garde une dernière image venue dans mon esprit, toute proche du sacré. Je me suis demandé quelle était donc cette plante, ou plutôt sa racine, disposée avec délicatesse sur du cachemire rouge qui aurait pu tout aussi bien accueillir des rubis. Trois cent quatre vingt mille yuhans pour une racine, certes développée ! Notre amie de Beijing nous dévoila la raison de ce prix hors de tout entendement. Le ginseng accroît au dire la longévité. Fichtre !

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         Existerait-t-il donc ici et en ce monde une racine dont la fonction médicinale prolongerait la vie ?

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         Pour sûr, je reviendrai, accompagné d'ami(e)s, partager ce secret.

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