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Saraï, ma princesse / nouvelle

 

 «  Ô combien,  Monsieur Jacques Attali,

j’ai aimé votre Dictionnaire amoureux du judaïsme, jusqu’à quelques larmes, de bonheur. Permettez-moi de m’en être inspiré, bien humblement, à partir de ma lecture au singulier, seul avec votre œuvre.

Saraï n’aurait pas encore rencontré son prince charmant, Salomon, au jour où j’écris cette nouvelle. Sans vous, et sans Albert Einstein, Romain Gary, Michel Serres, Ernest Renan, André Malraux, Marguerite Duras, Mazarine Pingeot, Auguste Rodin, Michel Jonasz, sans celles et ceux qu’ici  je citerai, et sans  tant d’autres, je ne sais si Saraï et Salomon se seraient unis.

Saraï se serait-elle sentie si sûrement « rejointe par son IDENTITE » ?

Quels sens, pluriels à l’évidence, ont ainsi uni Saraï et Salomon, par AMOUR,

pour leur DESTINEE,

en toute LIBERTE,

avec leur soif d’APPRENDRE,

de CREER, de comprendre ? Lire, et dire que l’avenir peut être proche, pas seulement lointain. Et c’est bien là l’histoire, née entre les lignes de votre dictionnaire.  Saraï et Salomon se sont trouvés, trouvés vraiment, plongés dans l’exemplaire de votre dernière œuvre posée sur mon bureau. Elle et Lui en sont sortis, sont venus me trouver. Saraï et Salomon me demandent d’écrire les 8 valeurs transcendantes, qu’Elle et Lui ont retenues, toutes  mises en lumière dans votre dictionnaire, 7 valeurs de nature, si diffuses : L’IDENTITE, l’AMOUR, la DESTINEE, la  LIBERTE, la soif d’APPRENDRE, de CREER,

LE CARACTERE en unité,

et une 8e, dépassant le temps, au-delà du 7, la lumière : l’ETINCELLE.

Mille merci, Monsieur Jacques Attali, pour Ça ».


 

1

Prologue : L’IDENTITE

D’où vient notre foi, Saraï, de notre confiance en soi, de notre bonne étoile ?

-         Du « refus du refus ».

Du refus du néant ?

-         En quelque sorte, de notre espérance illimitée.

L’humus, ce serait l’homme et la femme sur la terre ?

-         Merci Jacques Attali de nous dire qu’ « Eve n’est pas sortie de la côte d’Adam », mais d’ « à côté ». La traduction était erronée. Le féminin égale le masculin.

Qui aurait pu en douter ?

-         « Comment vivre plusieurs vies à la fois, tout en restant fidèle à soi-même », écrit Mazarine Pingeot. Quelque chose comme Ça.

Que d’identités vivantes !

-         Mortes et vivantes à la fois.

Pas de vie sans racines, princesse Saraï !

-         Romain Gary nous l’a dit, sur sa fin : « mon erreur a été de croire aux victoires individuelles ».

« Le secret que nous portons en nous est un vrai secret », Ça, c’est « quelque chose en soi de plus grand que soi ». Comment et avec qui le partager ?

Saraï sait son identité profonde.

-         Et si tu m’inventais un prince charmant, toi, pour entrer dans ma vie ? Tu pourrais le nommer…

Saraï réfléchit.

         Salomon ?

-         Oui, mon futur amoureux pourrait s’appeler Salomon.

Ton futur prince ?

-         Rends le vivant avant qu’il ne me charme !

De vos identités, vos étoiles s’enrichiront.

-         De bonnes étoiles ?

De bonne volonté.

J’écris : l’identité.

         « 

La terre regorge de racines.

Saraï connait ses racines, s’en est imprégnée.

-         Nos racines sont profondément ancrées, Salomon.

-         Ça oui, Saraï, senties, comprises. 

-         Qui les cherche, les trouve ?

-         D’abord en « soi », Saraï.

-         Dans « l’unité de l’être » ?

-         Ne serait-ce pas Ça, notre destinée ?

»

 


2

L’AMOUR

Le souffle de l’âme de Saraï ne s’est pas déposé, elle n’a pas encore vécu d’union sacrée, ni avec un homme, ni avec personne.

Pas de piste en vue où Saraï aurait pu et voulu se poser, atterrir.

Nous ne sommes pas à l’heure d’une phase d’approche. Saraï est une femme libre. Elle sait s’être amourachée, avec plusieurs vies, en des temps différents. « En l’avenir et l’instant », écrirait Marguerite Duras. Elle sait sans se tromper s’être plusieurs fois trompée d’homme. Saraï n’a pas encore rencontré sa bonne étoile, l’homme de sa vie. Existe-t-Il ? Existera-t-Il ?

Saraï a rencontré des hommes, voilà tout, pour certains extraordinaires. C’est tout. Pas de vraie étincelle n’a jailli de ses dernières vies communes, amours éphémères. Quelques solides amitiés en sont restées. Saraï est encore jeune, la trentaine élancée.

Le souffle de Saraï attendrait-il La vie, La piste, une approche enfin toute en douceur, bien guidée par sa tour de contrôle ? Les aiguilleurs du ciel devront être attentifs à Ça.

Salomon n’est pas né, pas encore, pas né dans la vie de Saraï.

Saraï est une artiste. Elle sculpte, peint des tableaux. Saraï vit de ses œuvres. Saraï est née, Elle, une seconde fois, en tant qu’artiste. J’ai moi-même assisté à sa montée en flèche, ces dernières années. Ouf, Elle s’y est arrimée !

-         Arrimée à Ça, à cette immense liberté, de créer.

Depuis, plusieurs musées du monde connaissent Saraï, exposent son travail. Ses sculptures, surtout, sont appréciées, toutes de nature, de taille humaine.

Salomon n’est pas né, pas encore, Lui va juste apparaitre ci-après, subrepticement.

Un rêve vient à Saraï, lui revient plusieurs fois. Ses mains pétrissent de la terre d’argile, polissent la matière. C’est alors que son propre corps, enlacé dans les bras d’un homme lui apparait. D’où lui vient cette représentation ? Sculptera-t-Elle vraiment la forme humaine qui revêt l’homme – Salomon ? - son corps, son visage, sculptera-t-Elle sa propre forme à Elle, enlacée à Lui ?

-         Je me suis imaginé un corps de bonne corpulence, des yeux noirs, les cheveux bouclés. Quelle figure Lui donner, quelle figure figer avec l’argile ?

C’est alors que Salomon t’est apparu ?

-         Oui, subrepticement.

Et toi, dans le corps à corps, quel regard, quelle posture, représentes-tu ?

Saraï et Salomon se tiennent debout, sculptés, son corps à Elle légèrement penché vers Lui.

Lui l’embrasse ?

-         Oui, et Elle aussi l’embrasse de tout son être. C’est toi qui a déposé l’argile nécessaire dans mon atelier ?

Qui veux-tu que ce soit ? 8, rue de l’indépendance.

-         Avec vue sur la mer.

Je suis allé voir David. Je savais que c’est bien lui qui te procure le plâtre, le bronze, le marbre, le bois et l’argile. Son entrepôt en déborde.

-         L’argile, je ne m’en saisis que rarement.

Il me l’a dit.

-         Mon rêve exprimait bien l’amour ainsi : un corps à corps en argile.

A la façon d’Auguste Rodin ?

-         Oui. Les formes en sont si proches.

Dans un proche avenir, Salomon découvrira son corps à Lui sculpté avec l’argile, puis poli. Il découvrira son corps à Elle, représenté, enlacé avec Lui-même, comme si, Lui, Il y était. Lui n’y est pas. Salomon n’est pas encore né à cette heure dans la vie de Saraï. Il lui est juste apparu, subrepticement, personnage inventé.

Pendant ce temps-là, Salomon, Lui, est bien vivant dans sa première naissance, avant qu’il ne renaisse ici, dans le récit – Lui, a été écrit pour Ça - avant qu’il ne renaisse tout à fait.

Salomon écrit les premiers mots qu’il dira à Saraï, ou bien est-ce une lettre, ou les deux à la fois ? Salomon lance, écrit des mots en vers en appel à sa destinée, pressentant déjà Saraï, sa future princesse, en prologue à sa prochaine union qu’il ne sait pas encore.

Les mots du prince Salomon rejoindront-ils « l’argile » de la princesse Saraï ?

Les vies de Saraï et de Salomon uniront-elles, avec leurs souffles, leurs âmes, en présence de leurs propres corps sculptés, enlacés avec l’argile, les vers de Salomon, en écoute ?

-         Une étincelle en naîtra-t-elle ?

Une fulgurance à elle toute seule !

-          L’énergie de leur union vibrera-t-elle à l’unisson ?

J’écris : l’amour.

« 

-         La matière commune ne vient-elle pas des êtres qui s’aiment d’amour vrai, Salomon ?

-         De leurs étincelles, Saraï, surgissent des « ondes lumineuses » !

»

Par nature, les ondes sont instables.

-         Et que d’ondes à la clef : sentimentale, physique, spirituelle, intellectuelle...

Que de jouissances en perspectives !

-         Lorsque la passion monte, la force de la décharge nous permet d’entrevoir, de voir, de ressentir vraiment l’électricité dans le corps.

Qui plus est dans un corps à corps !

-         Tu te souviendras du corridor ?

Votre première fois, avec Salomon,  vous la vivrez dans le corridor, votre commune jouissance.

-         Nous nous embrasserons, longuement, passionnément, tendrement.

Vos corps dans le corridor exulteront, à côté du piano.

-         « Le désir approprie,

L’amour libère ».

-         Qu’écris-tu d’autre sur l’amour ?

Ça :

« 

-         « Aimer, c’est » d’abord « désirer qu’un être soit ».

-         Pas d’amour si l’un et l’autre ne désire pas d’abord Ça, que l’autre soit.

»

Oui, c’est Ça.

-         Ça est ce mot, l’altérité.

L’altérité suppose l’autre, l’attend. Sans l’autre, elle n’existerait pas.

-         L’altérité invente, puis invite l’autre. Jusqu’à « connaître l’irrationnel de l’autre » ?

Surtout pas ! Bien nous en prémunir.

 

« 

-         M’unir à toi, Salomon !

-         A toi Saraï !

-         Nous saurons Nous prémunir !

-         Nous accorder.

-         La musique s’accorde avec l’amour, comme notre souffle intérieur.

-         Dans un élan.

-         Oui, avec Ça.

Salomon danse. L’art de l’instant tourbillonne, Saraï est dans ses bras : un, deux, trois, un, deux, trois. La valse les enivre.

»

 


3

La DESTINEE

Etre sur la terre, quel sens ?

-         Rien, dit la vie. Ni avant, ni  après la mort.

L’âme, si.

-         Sans doute aucun.

Quel souffle ?

-         Nous serons sur la terre et nous nous élèverons.

Pour transmettre ?

-         S’élever vers le ciel.

« Au-dessus du soleil » ?

Saraï et Salomon se promettent d’y aller, d’y venir, au-dessus du soleil. Tous deux y parviendront.

-         Qu’écris-tu ?

J’écris : la destinée.

« 

-         O Salomon, mon ange, je tourbillonne encore. Un, deux, trois ! Quel tempo, mon amour !

-         Nos corps sont rythmés dans le même tempo.

-         Serions-nous investis d’une part de « changer le monde, la vie » ?

-         Comme tu y vas, Saraï ! Oui, rêvons Ça,  «  rêvons l’avenir du monde » !

-         « Apprivoisons nos rêves ».

»

Qui n’invente son destin ?

-         Sa destinée, c’est plus élégant au féminin.

Nous sommes responsables de notre propre destinée.

-         Salomon en est attachant. Un peu idéaliste, tout de même !

Cherchons bien, nous « produirons du sens ».

« 

-         Salomon, saurais-tu qui a écrit, « le bonheur, c’est  le dévouement à un rêve ou à un devoir » ?

-         Je crois que c’est Ernest Renan.

-         Et compris que « l’entropie, c’est trouver du sens en toute chose » ?

-         … Nous vivons dans « une sorte de… vecteur », … sans commencement, sans fin.

-         Vivrions-nous en « en tête » ? Fais-moi tourner la tête, Salomon !

-         Saraï, revenons sur la piste de danse !

-         Un, deux, trois !

»

-         Salomon s’interroge sur sa destinée ?

Salomon interroge sa destinée. 

-         Nul ne la connait.

Ne la connait vraiment.

 


4

La LIBERTE

« Liberté, j’écris ton Nom », valeur par nature qui nous transcende.

-         « La condition du développement de l’esprit », c’est « sa liberté ».

Liberté, « l’art de vivre plusieurs vies à la fois ».

-         Liberté de l’« utopie », liberté du « doute ».

Tu doutes ?

-         Mes utopies, en l’esprit.

Quelles limites transgresses-tu, Saraï ?

- Mes doutes ont leurs propres limites, donc peu de repentances en vue.

« Transgression / repentir, le cycle irréversible ».

-         Comment Salomon vit-t-il Ça, Lui ?

Salomon aura le caractère pour agir, si Ça se complique.

J’écris : la liberté.

« 

-         Salomon, m’accompagnerais-tu à Séville, pour le vernissage de Kate ?

-         Avec joie. Que dirais-tu d’y séjourner quelques jours ?

-         A l’hôtel près des jardins du centre ?

-         Le choix est vite fait ! L’endroit sera parfait.

-         Je préviens Kate, nous partons.

»

Pour célébrer la liberté, Saraï et Salomon feront les choses à leur façon.

-         Qu’Elle et Lui en prennent le temps !

« La Liberté est le temps, non l’espace ».

-         Je te suggère un ample mouvement. Une liberté douce, affirmée, sans frontières.

« 

-         De Séville, nous pourrions nous envoler pour Amsterdam.

-         Revoir la lumière jaillir des tournesols de Van Gogh.

-         J’aime cette lumière-là.

-         D’Amsterdam à Madrid pour Jacqueline de Picasso.

-         Oui, Salomon, et de Madrid à Chicago, pour Edward Hopper.

-         Nous reviendrons par Paris, juste pour l’œuvre de Rodin, pour Le penseur, et pour Le sommeil, surtout.

-         Puis nous redescendrons dans notre maison, nous reposer au-dessus de la Méditerranée.

»

Saraï aime par-dessus tout Le sommeil, de Rodin. Le visage de la jeune femme est calme, reposé, serein, endormi, et tellement vivant !

-         Liberté nous écrivons ton Nom.

         Je t’invente, Saraï, un prince immensément épris de liberté.

-         Que sa liberté se diffuse, partout et de partout ! Que son identité s’en éprenne !

Sa destinée en raffole déjà ! 

-         Un, deux, trois !

 


5

La soif d’APPRENDRE.

Saraï a lu le Livre, que lui lisait son père, depuis sa tendre enfance. « En tête, était le Verbe ». Puis les livres ont envahi sa vie.  Envahir, c’est beaucoup dire. Quelle est donc cette expression ?

L’initiation est à la base. Juste au-dessus de nos racines.

-         O combien tant d’auteurs nous cultivent, approfondissent nos connaissances, nos questions.

Sans « « subir l’obéissance », écrit Renan.

-         Elle « tuerait le génie, le talent ».

S’arrimer à ses racines.

-         Se maîtriser.

Apprendre d’« un enseignement du fond des choses ».

-         C’est la sagesse, l’intelligence.

« La culture est bien résurrection ».

-         Salomon serait-il maître d’école ?

Ni maître, ni d’école. Le prince Salomon gère son royaume, avec goût.

-         Où donc réside-t-il ?

A Paris, surtout. Sa bibliothèque occupe tout le mur d’un immense salon.  Huit fenêtres donnent sur un jardin, plein sud. A Séville l’été, à l’ombre d’un patio. A New-York, en haut d’une tour, trois jours par mois. C’est là que Salomon est né, au cœur de New-York, avant qu’il ne renaisse ici, sur le papier.

-         Tu pourras rallonger le corridor, nous y installerons nos livres, sur le mur, face à la mer.  Nous reprendrons les étagères en cèdre d’oncle Arthur.

J’écris : la soif d’apprendre.

« 

Le corridor est devenu un immense salon : la bibliothèque, le salon de musique, le salon de lecture, de confortables fauteuils, un canapé. Saraï aime s’y installer. Y lire avec vue sur la mer.

D’un côté, une double-porte donne sur l’atelier de Saraï, près de la sculpture, du piano. Ses livres et ceux de Salomon, côte à côte, des milliers, et les centaines d’objets posés devant leurs livres, font face à la baie vitrée. Les tranches des livres et les objets regardent la mer, à l’horizon. Les étagères en bois de cèdre s’étirent d’un bout à l’autre du corridor. L’oncle Arthur était un grand lecteur. C’est là, de l’autre côté de la pièce tout en longueur, qu’une autre double-porte désormais toujours ouverte, donne sur le bureau de Salomon. Une table de travail, un fauteuil en bois. Des tableaux sur les murs. Des œuvres d’art installées, ici ou là. C’est ici-même que Lui renait, ici-précisément, dans ses allées et venues entre son bureau et leur bibliothèque, le piano, dans cette maison-là.

Saraï et Salomon habitent bien ici, dans la maison de Saraï, à quelques kilomètres de Marseille,  un paradis terrestre, sur la côte, au bord de la Méditerranée.

-         Lorsque nous sommes ailleurs, nous devenons nomades, entre Paris, New-York, Séville, Un piano attend Salomon dans chacune de nos escales.  J’aime cette vie-là, nomade.

-         J’aime aussi cette vie-là, Saraï, et celle aussi de ce pied-à-terre, près de Marseille. Savoir que mes livres peuvent y dormir en paix.

-         Nous aimons vivre plusieurs vies.

-         A la fois !

»

-         Salomon est réussi !

Attends ! J’ai juste commencé à l’inventer. Depuis combien de temps conversons-nous, Saraï ?

-         Je commence à l’aimer !

Que pourrait être le royaume de ton prince, votre futur royaume aux quatre coins du monde, quelques pieds-à-terre, en sus de Paris, New-York, Séville ?

-         Venise, San Francisco ?

Salomon détient quelques actifs dans de grandes entreprises.

-         Salomon soutient-il quelques fondations, quelques artistes ?

Oui, et en particulier, Salomon construit déjà, reconstruit pour certaines, et par centaines, des bibliothèques avec des livres d’occasion.

-         Beaucoup d’occasions y contribuent ?

Des millions d’internautes jouent le jeu. Des millions de livres débarquent des quatre coins du monde, en fin de semaine. Tous sont lus, triés, orientés vers telle ou telle bibliothèque. Une banque de données en ligne met à jour constamment, au jour le jour, les références des livres.

-         Pourquoi Lui inventes-tu tout Ça ?

Pour le sens, Saraï, le sens de notre vie sur la terre ! Salomon contribue à un peu plus de lecture, en ce sens-là. Le prince Salomon te convient-il ainsi ?

-         Parfait ! Ne devrait-il pas être aussi … ?

Epicurien, apprécier les mets les plus raffinés ?

-         Qu’il Lui arrive de s’accommoder d’une omelette nature, et tout ira bien.

Salomon est un prince facile à vivre.

-         Comment l’habilles-tu ?

D’amples habits, noir.

-         « Noir couleurs » ?

Il sera sensible à tes robes en couleurs.

-         Nous revisiterons les plus grands musées.

Vous tremblerez devant combien de chefs d’œuvre ?

-         Nous en découvrirons des centaines, partout de par le monde. J’en suis si heureuse, curieuse.

Tu apprendras mille autres choses de plus, sans fin.

J’ai appris à Salomon de penser à toujours combler le vide, entre ses racines et les hautes voies, célestes.

-         Salomon sait comme nous qu’« au-dessus du ciel », l’espace continue, que c’est un autre temps ?

Salomon apprend à apprendre, à entrevoir l’infini.

 


6

De CREER

-         « Il n’y a de sérieux que l’invention », nous dit Michel Serres.

« En art, se perdre est la condition de la création » ; c’est de nouveau vous, Jacques Attali.

-         D’où vient ce « besoin d’auteur » ?, se demande Gary.

J’écris : de créer.

« 

-         J’aime la réponse de Malraux, « la présence dans la vie, de ce qui devrait appartenir à la mort ».

-         Malraux avait du génie, Salomon.

»

Pour tout un chacun, pour toi et moi Saraï, et bien plus modestement, continuons d’inventer. Notre prince Salomon vivra avec beaucoup d’humilité,  saura « se souvenir de soi, avec son temps propre à soi ».

Saraï reste pensive. « Bien des choses sont plus grandes que soi », se dit-elle.

Elle sort de son silence :

-         Créer, se perdre, l’art est-il ce grand écart ?

La création est bien plus complexe à représenter qu’un carré !

-         Que de formes possibles à représenter ! C’est l’une de mes interrogations.

Je te suggère des spirales.

-         Tu as dit à Salomon ma vie, mon atelier d’artiste, ici, près de Marseille, avec vue sur la mer ?

La pièce de l’autre côté du corridor, identique à ton atelier, avec aussi vue sur la mer,  conviendra merveilleusement bien à son écriture.

-         Juste le corridor que tu as transformé en bibliothèque-salon nous séparera lorsque nous travaillerons, chacune et chacun de notre côté.

Quelle sera votre contribution, au prince Salomon, à toi-même ?

-         Vivrons-nous une contribution commune ? Je créerai des œuvres pour ses bibliothèques, je sculpterai des amoureux en compagnie de livres.

Pour les salles de lecture ?

-         Pour les halls, les entrées. Là où on dit : bon jour.

Je viens de finir d’écrire les premiers mots en vers de Salomon pour toi.

-         Y-serai-je sensible, au choix des mots, des sens, à leurs sonorités !

Les comprendras-tu ?

-         L’espérance de mon atterrissage ?

En toute liberté, je ne fais qu’ouvrir de possibles rivages. 

-         Salomon en franchira-t-il le pas ?

Sur la plage, nés et enfin libres sont les personnages, Saraï et Salomon, inventés. A eux de vivre leur passion, avec raison, à eux maintenant de la vivre vraiment, par eux-mêmes.

-         Une dernière chose, pour l’instant ! Tu as bien pensé au pianiste ? J’imagine déjà écouter Salomon lorsque je sculpte dans mon atelier.

J’ai rajouté l’art du piano sur la page, Salomon en est tout excité, de la musique de sa composition, tu en seras émue.

-         La musique de Salomon résonnera-t-elle dans le piano ?

Devant vos livres et vos objets, derrière vos fauteuils.

-         Je serai si émue à côté de ma sculpture nous représentant !

 


7

Le CARACTERE

« Ce que tu ne voudrais pas que l’on te fit, ne l’inflige pas à autrui ».

-         Nous sommes tous d’accord.

Comment le définir, en parler, du caractère ? Valeur transcendante dans son essence, une grande part d’identité, immensément d’amour, l’humilité de sa destinée, une infinie liberté, le savoir en continu. Que donc transmettre à ses enfants, à ses parents, ses amis, au monde ?

-         Le caractère est « l’unité de l’être ».

Je le sais. Tu le sais. Nous le savons.

J’écris : le caractère.

 « 

-         Notre authenticité, Salomon.

-         Notre for intérieur, Saraï.

-         Notre caractère est notre différence.

-         Notre essence.

-         Et notre fragilité.

-         Le caractère est tout Ça, et bien d’autres choses encore.

-         De la gentillesse.

»

Salomon saura distinguer, pratiquera cet art.

-         Saura-t-il résister à ses investigations dans le moi ?

Il saura résister.

-         C’est bien toi qui souvent me redis : « tout accord dissimule un rendez-vous manqué ».

Je  cite Albert Einstein.

Le prince Salomon prend forme, avance. Il est presque né pour le récit. Il est juste, indépendant, protégé par son royaume.

-         Tu lui as parlé de mon « refus d’abdiquer » ?

Son caractère est généreux.

-         Sans tension ?

Sans tension aucune.

-         Saura-t-il vivre un amour et des amitiés sereines, impassibles ?

Salomon sera bien plus audacieux, s’il compte atterrir dans ta vie !

-         Son souffle s’accordera-t-il au mien pour un amour indicible ?

Je n’en sais rien. Vous partagerez vos interrogations.

-         Je suis sûr qu’il aimera la vue, sur la mer. Le doux ressac de la Méditerranée, vu d’en haut, du corridor, de mon atelier, de son bureau.

« 

-         J’aime cet endroit Saraï. Tu y es si présente !

-         Pourras-tu y écrire, y jouer ?

-         Je le pourrai ici.

Salomon s’approche de Saraï. Son corps à Lui en tremble.

Saraï est follement attirée par Lui. Son corps à Elle en tremble.

Leurs corps tremblent, s’appellent, se désirent.

»

-         Je les entends.

 


8

Epilogue : L’ETINCELLE

De quelle illumination me parlez-vous ?

-         C’est moi, Salomon, Ça y est. Je suis tout à fait né. Mille mercis pour toutes ces étincelles que vous avez forgées en moi.

Je n’ai rien forgé, Salomon, juste inventé quelques traits qui vous caractérisent. Des valeurs transcendantes que partage Saraï, pour ce que j’en sais.

-         C’est vous, la matière ? L’idée de l’argile ?

Saraï avait Ça en Elle.

-         Les formes sculptées sont comme éprises par une onde lumineuse.

Je vous en remercie pour Elle.

J’écris : l’étincelle.

« 

-         Est-ce à Yahwé que tu pensais, Saraï ?

-         Au-delà de toute idée de forme humaine, Yahwé serait une lumière.

-         Il n’est plus seul. Elle est là aussi.

-         Qui, Elle, Salomon ?

-         La Féminité.

-         Yahwé aurait donc deux côtés désormais, deux points de vue ?

-         Oui, Yahwée a pris un e.

»

J’ai allumé la lampe de l’Eternel pour deux, Salomon, tout va bien. L’histoire peut se poursuivre.

-         Le souffle de Saraï va-t-il enfin tenter l’atterrissage ?

Votre piste est prête, dégagée ?

-         Toute en pente douce, elle attend son souffle.

« 

-         Souffle des souffles, tout est souffle, Saraï.

-         Ça, Salomon, c’est ton exigence spirituelle.

-         Tenter d’agir comme si j’étais Ça.

-         Qui est Ça ?

-         Ça se compose d’Elle et Lui, au passé-composé, au futur. Rien à voir avec nous.

-         L’instant contre l’éternité ?

-         Avec, Saraï, non pas contre. C’est l’une des plus tragiques de nos interpellations. L’instant est l’éternité, et l’éternité est l’instant. L’instant est donc avec l’éternité.

»

Vous savez Salomon, « l’inaccessible, on le fabrique souvent soi-même », Gary y insiste.

-         Je viens de renaitre ici, pour vivre quelque chose qui me dépasse.

C’est peut-être Ça. Rejoignez vite Saraï, Elle Vous attend.

Salomon entre dans la maison de Saraï, 8, rue de l’indépendance, au-dessus de la Méditerranée. Sa princesse l’attend dans le corridor. La sculpture est immense, posée là, à côté du piano. Leur corps à corps en nature est à sa hauteur lorsqu’il le découvre. Elle et Lui sont debout, Elle légèrement penchée vers Lui.

 «

-         C’est donc ici, le corridor ? Princesse, tu rayonnes !

-         Tu peux te rapprocher de la lumière du jour, prince Salomon !

-         La mer est calme, vue d’ici.

-         Attenante. Dis-moi. Je te donnerai la réplique, à la fin, je te dirai.

Salomon se lance :


Sens est notr(e) IDENTITE

CARACTERE de l’être

Sens est l’AMOUR sur terre

Mon amour, la LIBERTE

O joie ! « l’amour libère »

Nos racin(e)s en spirale

L’espéranc(e) se régale

O joie, d’être sur terre !

 

Ma DESTINEE a soif !

De bien plus grand que soi

De : « il était une fois »

L’espérance,  Ça décoiffe !

Ton ETINCELLE surgit

Ta lumière, ton onde

Nos souffles se répondent

Attention, pas franchi

 

O Saraï, ma princesse

J’ai libéré la piste

J’apparais…

-         … Tu entr(es) en piste

De CREER, j’y suis presque

-         Je  «  désire que tu sois » 

-         O Salomon mon prince

-         Je suis là, je te pince

-         Et j’aime que tu sois Ça.

 

»

 

Saraï et Salomon se sont trouvés, et Ça, c’est la fin de l’histoire.

Saraï et Salomon se sont trouvés vraiment.

-         Merci pour cette escapade hors du livre !

Ne me remerciez pas pour Ça, Salomon !

Saraï, à Salomon :

-         Allons-y, mon prince  !

-         Que de trésors encore à découvrir, ma princesse !

Saraï et Salomon replongent dans l’exemplaire du dictionnaire posé sur mon bureau.

Avant de disparaitre tout à fait, Elle et Lui m’envoient un dernier signe.

Je leur lance : longue vie à vous, Saraï et Salomon !

-         « Unis vers l’uni », comme l’écrit Michel Jonasz, me répond Saraï !

Oui, Saraï, c’est quelque chose comme Ça.

Je n’existe déjà plus.

*

Ailleurs le 26 février 2009.

Jean-Luc Benguigui

 

www.jeanlucbenguigui.fr