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Vêlage / petit texte

 

 

 

 

         Il faut dire déjà enfant mon acuité pour les animaux.

         Quatre générations de bouchers avant que mon père ne devienne le vétérinaire. J’écris « le » tant sa famille en fût impressionnée.

         Mon enfance s’est donc passée entre la fabrication des merguez et les vêlages, la nuit, trop rares à mon goût.

         Pour ce qui concerne la boucherie, de tout Toulouse, des restaurateurs avisés venaient chez Pépé chercher des merguez pur bœuf, faites de bonne chair, hachée menu, et surtout épicées avec tout un mélange que personne n’a cru bon de noter quelque part. Du piment, du poivre, du sel, du safran et plein d’autres parfums qui ont remonté les siècles. Je plongeais mes mains dans la mixture avant de l’enfourner dans une espèce d’immense seringue, où Pépé plaçait, en lieu et place de l’aiguille, les boyaux de mouton tout juste lavés à l’eau froide. Je savourais l’instant où Pépé me lançait : « allez, vas-y fiston, tourne ! ». Et j’entournai alors la manivelle, comme un bon apprenti et une première merguez sortait par l’embout de la grosse seringue. J’adore les merguez pur bœuf fabriquées dans cette tradition.

         Pour ce qui est des vêlages la nuit, parfois Papa, de garde, me réveillait en cachette, sans éveiller les soupçons de ma mère, et m’emmenait dans la nuit noire chez tel ou tel paysan. Le plus souvent, la visite se déroulait le mieux du monde. Papa enfonçait son bras revêtu d’un gant, que dis-je, d’un gant en plastique prolongé jusqu’à l’épaule, dans le vagin de la vache et replaçait le veau de sorte qu’avec un simple palan, nous pouvions tous ensemble le tirer et le faire sortir, les pattes accrochées par mon père à une corde dehors. Nous tirions, tirions… « Doucement ! », hurlait mon père à chaque fois. « Il vient, il vient ». Et d’un coup le voilà qui sortait. Et alors là, Papa ordonnait de vite le suspendre par les pieds, au crochet bien vissé dans une poutre de l’étable. Papa commandait sur un ton aussi sûr de l’eau pour retirer les glaires dans la bouche du veau pour ne pas risquer qu’il s’étouffe, avant de naître enfin.

         Le paysan, sa femme, parfois son père, une cousine, des enfants, nous communions ensemble. Au fond de moi, j’étais fier de savoir que mon papa avait permis la vie. Je me souviens surtout de l’après-effort, lorsque redescendu, le veau, trois ou quatre minutes après, tentait déjà d’esquisser une marche, les deux pattes en avant.

         Là était le rôle que m’octroyait Papa. Je soulevais le veau, lui indiquais la voie, sitôt qu’il se levait et oh miracle, il tenait déjà sur pieds, avant d’aller au plus vite au chevet de sa mère, se faire sentir, lécher, reconnaître, pour ce qui est de l’extérieur, et téter la mamelle remplie de lait.

         En vache, je m’y connais un peu et en animaux de la ferme,  sachant que nous habitions le pays du Lauragais.

 

*

 

         Je, tu, il mangeons de la viande. Mon père comme tout vétérinaire installé en campagne était alors inspecteur des viandes pour l’administration des services vétérinaires. Et en bon inspecteur, il m’emmenait parfois inspecter le travail des seigneurs, la qualité de la viande à l’abattoir. D’un coup d’œil il voyait l’âge, la qualité, le mauvais goût pour la consommation.

         - Tu crois qu’elle souffre la bête ?, je lui demandais.

- Bien sur que non, les animaux ne savent pas ce que c’est que mourir. Tu veux voir ?

         Le seigneur muni d’un grand pistolet tuait les vaches d’un coup avant de les suspendre au plus vite pour les saigner vraiment. Les brebis, c’était au couteau, à la chaîne. Personne n’entre dans les abattoirs. C’est un tort. Certes, je n’y reviendrai pas, mais c’est à voir, une fois dans sa vie, pour ne pas bêtement combattre les mangeurs de viande qui pour beaucoup aiment les animaux.

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2006

 

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